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« Une Révolution Africaine »,
arme d’information massive

Abdoulaye Diallo est l’auteur du documentaire Une Révolution Africaine qui retrace les dix jours qui ont mené à la chute du régime de Blaise Compaoré, le président déchu du Burkina Faso. Un homme engagé qui n’a pas peur de parler des réalités de son pays et qui souhaite que ce film serve d’exemple pour tout le continent africain.

Avant de réaliser ce film, quel a été votre parcours ?
Je suis historien de l’art et militant en faveur des droits humains depuis longtemps, mais je suis tombé un peu par hasard dans le journalisme en 1998. À l’époque, on m’a confié la direction du Centre National de presse Norbert Zongo (NDLR. Un journaliste assassiné en 1998 pour avoir dénoncé la corruption du gouvernement de Blaise Compaoré). L’objectif était alors de renforcer la liberté de la presse, de soutenir les journalistes et de défendre une presse indépendante dans le but de consolider la démocratie. Aujourd’hui, je coordonne le festival Ciné-Droit Libre créé en 2005 et préside la Plateforme Culturelle du Burkina.

Quel est le propos principal d’« Une Révolution Africaine » ?
Mon documentaire raconte les dix jours intenses de protestations qui ont secoué le Burkina à l’automne 2014. Au pouvoir depuis 27 ans, le président Blaise Compaoré souhaitait modifier la Constitution pour prolonger son mandat. Les citoyens ont alors bloqué les rues, organisé des meetings et des marches jusqu’au 30 octobre 2014, le jour où le gouvernement devait voter la loi. Le vendredi 31 octobre, la fin du régime de Blaise Compaoré a été proclamée. Pendant ces événements, nous avons tourné des images pour alimenter notre webtélé. Une partie de celles-ci ont été utilisées pour ce documentaire, ce qui le rend très vivant.

Pensez-vous qu’il peut devenir une arme d’information pour tous les jeunes Africains qui vont bientôt devoir voter ?
Cela fait plusieurs années que nous utilisons le genre documentaire pour réveiller « le colosse » qui sommeille au fond de chaque jeune Africain. Comme je dis toujours, une image vaut souvent mille mots.
Avec ce film, on a très vite compris combien il pourrait servir à conscientiser notre jeunesse. Le fait de le diffuser et d’accompagner la projection d’un débat, il constitue un outil d’information et de mobilisation incroyable.
D’un côté Une Révolution Africaine permet de conserver une trace d’un fait majeur de l’histoire du Burkina Faso. De l’autre côté, il sert de leçon : lorsqu’on s’organise dans une lutte, on peut obtenir la victoire. Les Burkinabè y sont arrivés, pourquoi pas d’autres peuples africains ?

Votre documentaire a-t-il déjà été diffusé sur le continent africain ?
Pour l’instant, le documentaire est passé à Dakar, à Abidjan, au Mali et de manière clandestine au Cameroun, mais il n’y a pas encore eu une large diffusion sur l’ensemble du continent. Toutes les projections ont fait salle comble et on a senti une réelle euphorie. Les gens étaient très impressionnés par la qualité du documentaire, mais aussi par l’engagement du peuple burkinabè et le combat qu’il a mené.
Après chaque projection, les débats s’éternisaient. C’était très intéressant et très enrichissant.
Maintenant, j’aimerais vraiment qu’il tourne dans toute l’Afrique. Je n’ai pas encore eu d’opportunité, mais je rêve de le diffuser en République Démocratique du Congo où fin de l’année, en théorie, les citoyens seront appelés aux urnes. Si l’actuel président, Joseph Kabila, qui a déjà effectué deux mandats, accepte de respecter la Constitution.

Comment a été reçu votre documentaire au Burkina Faso ?
Il a eu un succès fou. Ce sont des dizaines et des dizaines de milliers de gens qui ont vu le documentaire. À la première, le 28 juin 2015, la salle qui avait une capacité de 1000 places était comble deux heures avant le début de la projection !
On l’a diffusé gratuitement à travers tout le pays et les gens se pressaient pour assister à leur propre histoire racontée en images.
Après chaque séance, un débat était organisé. Les Burkinabè pouvaient alors discuter de la transition, ce qui a fonctionné ou ce qui n’a pas fonctionné. C’était un beau moment d’échanges.

Vous avez appelé votre film « Une Révolution Africaine » et non pas « Une Révolution Burkinabè », pourquoi ?
Lors des dix jours de manifestation, on a senti le poids du continent sur nos épaules. Notre lutte ne s’arrêtait pas aux frontières du Burkina. La question de l’alternance dans les autres pays africains allait dépendre aussi de la résolution de la révolte burkinabè. On menait un combat pour nous, mais aussi pour les autres. On ne voulait pas d’un retour des « dinosaures », bien décidés à régner jusqu’à leur mort. Le nom Une Révolution Africaine n’est donc pas anodin. Pour nous, c’est une manière de symboliser la lutte de tout un continent. Avec des petites victoires comme au Bénin par exemple, où le projet de changement de la Constitution par le président Boni Yayi a été annulé. Il a eu peur de connaître les mêmes représailles qu’au Burkina Faso.

Comment se porte le secteur du documentaire au Burkina Faso ?
Il y a pas mal de gens qui réalisent des films documentaires. Et le Festival Ciné Droit Libre permet de donner une grande visibilité à ces productions. Ce festival a été créé par l’association Semfilms en 2005. A l’époque, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) avait refusé de diffuser notre documentaire Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo. Nous avons décidé de créer notre propre festival. Ici, chacun est libre de s’exprimer à travers ses œuvres et le politiquement correct n’a pas sa place.
On travaille beaucoup avec de jeunes réalisateurs qu’on encadre et qui se lancent ensuite dans leur propre création. Ils se tournent souvent vers des thèmes engagés (vie sociale, droits humains, liberté d’expression...).
Au Burkina, nous avons la chance d’avoir une presse qui n’est pas entièrement liée aux partis politiques. Si une grande partie de la presse est indépendante, c’est grâce au travail de Norbert Zongo. Son sacrifice a permis à beaucoup de jeunes journalistes de s’engager pour une presse libre.

Comment jugez-vous la situation politique actuelle au Burkina ?
Il y a eu des élections transparentes, crédibles et libres il y a trois mois. Dans le nouveau gouvernement, il est vrai que la plupart des membres sont d’anciens collaborateurs de Blaise Compaoré, mais quand on a été au pouvoir pendant 27 ans, c’est assez difficile à éviter. La société civile est forte et dynamique et il y a même un système de veille qui a été mis en place. Nous percevons de belles perspectives économiques et démocratiques pour le pays. Cela prédit des lendemains meilleurs, à condition de rester vigilants. Il ne faut donc pas se reposer sur nos acquis.

Propos recueillis par Elisabeth Evrard (st.)

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