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Prendre le temps


Publié dans notre magazine n°Prendre le temps

Publié dans notre magazine n°Prendre le temps

Publié dans notre magazine n°115 - mai & juin 2016

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Pas de trêve pour le nucléaire

La silhouette ensanglantée et hagarde de l’inspecteur Yoann Peeters a, pendant plus d’un mois, incarné pour nous les épisodes de La Trêve, cette formidable série « 100 % belge », coproduite par la RTBF à des tarifs albanais [1]. La même image hallucinée pourrait aujourd’hui illustrer le onzième épisode qui s’écrivait déjà clandestinement dans l’ombre : L’inspecteur Peeters à la station Maelbeek.
32 morts, 250 blessés, 40 nationalités – et nos frères, pourtant. C’est dans ces moments tragiques qu’on s’aperçoit que Bruxelles est vraiment un village. Nous ne sommes jamais qu’à deux poignées de main de tous les Bruxellois. Notre empathie vis-à-vis des victimes s’enracine ainsi toujours dans une histoire particulière.
La fille cadette d’un copain est aux soins intensifs. Un collègue preneur de son a disparu. Les beaux-parents de ma nièce étaient lundi matin à Zaventem – mais eux sont indemnes.
Quant à moi, à l’heure de l’attentat, j’étais dans le métro, gare du Nord.
Dix minutes plus tard, tout le réseau était bloqué.
Dans la même rame, j’avais, par hasard, retrouvé Stéphane Mercier, le saxophoniste, et Eve Beuvens, pianiste et présidente des Lundis d’Hortense. Nous allions, ensemble, à une rencontre matinale entre le FACIR [2] et Alerte urbaine, un collectif de rappeurs qui popularisent la culture hip hop et ses valeurs auprès de jeunes Bruxellois.
Dans leurs ateliers de beatbox et de freestyle rap, ils ont parfois croisé l’un ou l’autre de ces jeunes qui rêvaient de partir en Syrie.
L’un est resté. L’autre est parti.
La zique et le move, c’est parfois la dernière étape avant le désert et la mort.
Merci pour la rencontre, Be Flow.
Plus que jamais, il nous faut apprendre à partager nos rêves pour ne pas devoir partager nos cauchemars.
J’espère que, dans tout ce bordel, tu auras pu récupérer ton fils à la sortie l’école.

***

La sortie du nucléaire était, pour moi, le seul point positif de la participation d’Ecolo au gouvernement arc-en-ciel.
Mais la démocratie est volatile, et les électriciens riches et influents.
« On » vient donc de décider, a contrario, de prolonger de dix ans la vie de nos centrales obsolètes et « microfissurées ». Elles ont pourtant été à l’arrêt, toute l’année passée, plus d’un jour sur deux. Du pur délire.
Cela ne leur suffit pas, Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima ?
Cela fait trois fois qu’une « erreur » humaine et technique, théoriquement « impossible », provoque une catastrophe mondiale.
Et cela, notez-le bien, sans aucune intervention extérieure.
Qu’en sera-t-il, alors, si nos centrales nucléaires deviennent la cible d’une attaque terroriste concertée ? Si on prend leur personnel en otage ?
Si leur système de sécurité, hautement informatisé, est piraté par quelques hackers salafistes ?
Si l’on détourne un avion de ligne vers leurs tours jumelles et fumantes ?
Si l’on conduit, dans leurs douves, quelques-unes de ces bombes que l’on semble fabriquer, comme des petits pains, dans les appartements conspiratifs de Schaerbeek, Anvers ou Verviers ?
Or, si des militants de Greenpeace peuvent, pacifiquement, pénétrer sur un site nucléaire, pourquoi des terroristes, déterminés et armés, ne pourraient-ils pas faire de même ?
On sait aujourd’hui qu’un haut responsable du centre nucléaire de Mol était étroitement surveillé par Daech [3].
Une vidéo de surveillance de dix heures a été retrouvée chez Mohamed Bakkali. Selon La Dernière Heure, les frères El Bakraoui, les kamikazes de Zaventem et de Maelbeek, étaient également impliqués dans cette affaire.
En août 2014, déjà, une turbine de Doel 4 a été sabotée. L’enquête n’a, à ce jour, conduit à aucune inculpation.
Oui, qu’en sera-t-il si cette catastrophe annoncée n’est plus le résultat d’une « impossible erreur », mais celle d’une radicale et nuisible « volonté » ?

www.claudesemal.com

[1Quand le salaire des équipes artistiques et techniques sera aligné sur la qualité de leur travail, on pourra parler du renouveau de nos productions télévisuelles. En attendant, les technos travaillent à moins de sept euros de l’heure.

[2Fédération des auteurs compositeurs interprètes réunis.

[3Libération, 24 mars 2016.

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