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Publié dans notre magazine n°numéros

Atomes crochus


Illustration : Julie Graux

Il y a 5 ans survenait la catastrophe de Fukushima. Un accident nucléaire majeur, un de plus, après Tchernobyl 25 ans plus tôt. Le dernier, aussi, d’une interminable liste après Goiânia (1987), Three Mile Island (1979), Windscale et Kychtym (1957), et bien d’autres accidents, certes de moindre importance, mais démontrant à chaque fois combien un réacteur, s’il fallait encore en douter, est une technologie potentiellement mortifère, extrêmement coûteuse et sans avenir. Des centrales qui ne sont en outre pas éternelles comme nous le rappelle l’état du parc nucléaire aujourd’hui : deux tiers des réacteurs en activité dans le monde ont plus de 30 ans.
Sous le coup de l’émotion et de la pression populaire, la communauté internationale a (re)dit « plus jamais ça » en préconisant un renforcement de la sécurité, des contrôles drastiques, un meilleur dispositif en cas d’accident (prévention, évacuation…). Après quoi le secteur nucléaire a continué à turbiner à plein régime. Avec une hausse ô combien justifiée de ses assurances (le risque, ça se paye), la menace terroriste en plus (de quoi rajouter de la peur à la peur) et les mêmes producteurs privés qui ont continué à encaisser de substantiels bénéfices et à dicter leurs lois aux Etats, contrats opaques et cadeaux fiscaux à la clé.

30 ans de transition allemande
De son côté, l’Allemagne a décidé d’aller un pas plus loin. En 2011, le gouvernement Merkel s’est donné 10 ans pour renoncer à l’atome. Décision politique courageuse ou plan com’ parfaitement rodé, l’histoire nous le dira. Il n’empêche, si cet objectif se confirme, en 2022 la première puissance économique d’Europe aura fermé la totalité de son parc – à ce jour, 8 réacteurs sur 36 sont encore en activité, 3 ont été démantelés, 11 sont à l’arrêt et 14 sont en cours de démantèlement.
2022, c’est demain. Et ce qui se passe Outre-Rhin méritait bien qu’on s’y intéresse de plus près. Parce que l’Allemagne, avec ses 82 millions d’habitants, est un pays de contrastes. Entre innovations et tradition industrielle, grandes richesses et fortes inégalités sociales.
Un pays qui n’a pas décidé d’opérer un cap à 180° sur un coup de tête. Cette sortie s’inscrit dans le cadre d’une longue histoire, la fameuse transition à l’allemande (Energiewende) amorcée il y a près de 30 ans. Avec un investissement massif dans le renouvelable (26 000 éoliennes, une filière biomasse très développée, du photovoltaïque…), des pouvoirs publics proactifs, une industrie à la pointe de la recherche et des citoyens impliqués – l’Allemagne compte pas moins de 1 000 (!) coopératives d’énergie. Néanmoins, comme le démontre l’enquête de nos envoyés spéciaux François Paquay (journaliste) et Valentin Dellieu (illustrateur), renoncer au nucléaire constitue une entreprise à la fois considérable et complexe, même dans ce grand pays pionnier qu’est Allemagne.
Le coût exorbitant du démantèlement des centrales, la gestion et le stockage des déchets radioactifs, la sécurité d’approvisionnement en électricité… Ce sont là quelques-uns des obstacles auxquels nos voisins doivent désormais faire face, alors qu’ils ont 30 ans de transition derrière eux.
A la lecture de cette enquête, on mesure davantage encore l’immensité de la tâche à accomplir dans notre petite Belgique. Avec deux partis dominants ouvertement pronucléaires (MR et NV-A), une fermeture des centrales à reculons, les diktats d’Electrabel la toute-puissante, l’absence de vision à long terme, une dispersion des compétences entre les différents niveaux de pouvoir, et par-dessus tout deux réacteurs – Doel 3 et Tihange 2 – dont la sécurité est ouvertement mise en cause. Un exemple allemand sur lequel nos gouvernants seraient bien inspirés de cogiter. Pour permettre aux générations futures de réussir, demain, ce nécessaire virage énergétique au-delà d’un héritage déjà bien lourd à porter.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

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