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Valoriser les déchets de la capitale kinoise

Sept mille tonnes de déchets produits chaque jour dans une capitale de plus de 10 millions d’habitants. Ces déchets, il faut pouvoir les trier et les valoriser. C’est en tout cas le défi que Kinshasa devra relever ces prochaines années pour garder son surnom de « Kin la Belle ».

Lors de balades dans le centre-ville et dans la périphérie de Kinshasa, il n’est pas rare de voir des amas de bouteilles en plastique et de sachets d’eau jonchant le sol. Un spectacle désolant pour la capitale en plein redéveloppement et portant le surnom de « Kin la Belle ». Lors de fortes pluies, les égouts sont bloqués par un tas d’immondices, et les routes deviennent impraticables. Sept mille tonnes de déchets journaliers provenant des marchés, des entreprises et des ménages : la ville croule sous les immondices qui font désormais partie du paysage.
Avec ses dix millions d’habitants, Kinshasa est surpeuplée et confrontée à de graves problèmes environnementaux [1] : des égouts bouchés et des voies de circulation délabrées, des espaces verts qui disparaissent, un manque des décharges publiques dans les communes et la construction de taudis dans les quartiers périphériques avec une absence de normes environnementales et d’urbanisation.
Dans les années 1970, le sac plastique fait irruption dans la vie des ménages congolais et remplace rapidement le sac en papier, moins résistant. Le papier journal, comme emballage, laisse place au film ou sac plastique, plus hygiénique, qui met les aliments à l’abri des contaminations extérieures et garantit une sécurité alimentaire.

La décharge de N’djili

Actuellement, la plupart des détritus sont enfuis et/ou brûlés dans la grande décharge de N’djili, située aux abords de la ville de Kinshasa. C’est la Régie d’assainissement et des travaux publics de Kinshasa qui collecte une partie des déchets de la ville pour les évacuer vers la décharge finale sans organiser de tri préalable. Ceux qui ne sont pas envoyés à la décharge finissent dans les rues ou sont brûlés. L’élimination de ces ordures pose un sérieux problème. Lorsqu’ils sont légers, comme les sachets en plastique, ils s’envolent au premier coup de vent et constituent une pollution visuelle. La terre mélangée aux nombreux déchets plastiques rend difficile l’absorption de l’eau de pluie, ce qui entraîne des stagnations et des inondations lors de fortes pluies. Enfin, certaines pratiques qui consistent à brûler les déchets peuvent être lourdes de conséquences : pollution de l’air, inhalation de fumée toxique, etc. Il n’est en effet pas rare d’observer des fumées noires qui s’échappent des habitations, un moyen efficace mais très polluant de faire disparaître les détritus.
Pour Myriam Kresse, chef du projet Plastique au sein de l’ONG Ingénieurs Sans Frontière, le centre d’enfouissement de la décharge de N’djili n’est pas suffisamment adapté. Les déchets, sous l’action de l’eau de pluie et de la fermentation naturelle, forment un jus de déchets toxique, appelé lixiviats. Cette substance devrait être récoltée et traitée dans une station d’épuration, car elle est remplie de métaux lourds et de polluants. À l’heure actuelle, ces lixiviats s’écoulent vers les terres et dans les eaux. « La solution serait de placer une sorte de grande bâche afin de perméabiliser le terrain et de l’incliner légèrement pour récupérer ce fameux liquide et ainsi éviter qu’il ne contamine les sols. »

Un secteur prometteur
Mais derrière cette montagne de détritus se cache une série de possibilités économiques, comme le rappelle Marocain Nzalalemba, directeur de projets de l’ONG Recovad. L’ONG sensibilise les populations sur le tri des déchets, mais les récupère également pour les transformer, en pavés par exemple. Il voit le tri des déchets comme une opportunité de créer de l’emploi dans le pays. « C’est ce que notre ONG Recovad essaie d’appliquer dans la commune de N’djili, là où la décharge se trouve. En vendant régulièrement, c’est à dire en moyenne chaque semaine 500 Kg, un collecteur peut gagner 108 $ par mois. Ceux qui possèdent un chariot peuvent gagner le double. » Pour Marocain Nzalalemba, l’État congolais soutient les projets de recyclage et de valorisation des déchets, mais pas suffisamment. Ils devraient s’accompagner d’appuis matériels et financiers pour faciliter le développement d’initiatives.

Pour Emmanuel Biey, environnementaliste interviewé à la Radio Okapi, il est nécessaire par ailleurs de valoriser les déchets organiques qui sont biodégradables. « Kinshasa est une ville construite sur du sable et grâce au compostage des déchets on pourrait même envisager de produire et récolter des produits agricoles, s’enthousiasme-t-il. Il faut avant tout informer les citoyens et expliquer les bénéfices d’un système de tri. Il faut donc sensibiliser les ménages pour séparer ce qui pourrit des cartons, des plastiques et des métaux. » L’environnementaliste souligne aussi le fait que le secteur des déchets peut être très prometteur. « C’est un réel business qui ne serait pas compliqué à mettre en place. Il existe déjà des petits centres de tri sur Kinshasa, mais rien d’industriel. Il faut cependant un capital pour se lancer et les banques devraient accorder des prêts aux jeunes pour lancer ces initiatives et contrer le chômage ambiant. »
De son côté, Ingénieurs sans frontières avait décidé de se lancer en 2008 dans le tri des déchets en République démocratique un Congo. Un projet qui a avorté en 2013.
« Nous avions choisi Kinshasa, car il y avait un gros problème d’hygiène dû aux déchets, explique Myriam Kresse. De plus, l’Union européenne accordait facilement des financements. Nous avons essayé de lancer une usine de tri des déchets, mais le Congo est un pays difficile au niveau organisationnel. Il nous fallait un terrain électrifié ce que nous avons eu du mal à obtenir. Ensuite, il y a eu le problème du délestage. Dès qu’il y avait une coupure d’électricité, la production s’arrêtait. Du coup, on ne pouvait pas répondre aux demandes des clients, car nous n’étions pas assez compétitifs. »

Sensibiliser la population
L’autre volet du projet de l’ONG Recovad est d’organiser des actions de sensibilisation pour inciter la population urbaine à trier les déchets de base et à séparer les déchets biodégradables des non biodégradables. « Nous encourageons la population à vendre leurs détritus aux recycleurs. En ce qui concerne les déchets plastiques, nous les achetons nous-mêmes auprès de la population pour les valoriser en les transformant en pavés de construction extérieure. Pour l’instant nous transformons 350 Kg de déchets plastiques par jour et 9 tonnes de déchets plastiques par mois », développe Marocain Nzalalemba.
Ingénieurs sans frontières voudrait relancer un partenariat à l’est du Congo, à Bukavu, où le maire semble préoccupé par les problèmes environnementaux. Il désire inciter les citoyens de sa ville à recycler leurs déchets ménagers. « Le maire veut mettre en place des zones de collectes (verres, plastiques, etc.). Soit les gens amènent leurs déchets et ils ne payent rien, soit on vient chercher leurs déchets et ils payent 500 francs congolais par mois, environ un demi-euro. Il faudrait un budget de départ pour les camions, l’essence, mais lorsque les déchets seront valorisables, le projet pourra prospérer. Je pense qu’il vaut mieux commencer par de petites structures, comme des structures familiales, pour limiter le nombre d’intervenants », ajoute Myriam Kresse. L’idée qu’il faut avant tout sensibiliser les citoyens est essentielle pour elle et cela passe par les enfants et donc par l’école. « Il y a encore une dizaine d’années en Belgique, les gens jetaient tout par terre. Maintenant, pour beaucoup de personnes, c’est inimaginable. Ce sont essentiellement les écoles qui ont réalisé ce travail de sensibilisation. Au Congo, il faut aussi commencer par les enfants, intégrer l’idée du recyclage dans le programme scolaire, expliquer aux futures générations l’importance de préserver son environnement », conclut Myriam Kresse.

La RDC tournée vers les énergies vertes

Lors de la COP21, la République Démocratique du Congo s’est engagée à réduire de 17 % ses gaz à effet de serre d’ici 2030. Pour y parvenir, le Congo mise sur ses nombreuses énergies alternatives vertes. Un objectif réalisable pour Emmanuel Musuyu, secrétaire technique de la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes de l’action publique (CORAP). Sur le fleuve Congo se trouvent notamment deux barrages hydro-électriques (Inga I et Inga II) qui pourraient alimenter tout le pays en électricité et même en vendre aux pays voisins. « Pour l’instant, ils ne fonctionnent qu’à moins de 30 % de leur capacité. Pourtant, le projet Inga III est déjà en cours de négociation. Il y a aussi la possibilité d’utiliser l’éolien dans les régions moins peuplées et surtout de développer l’énergie solaire qui devrait être à la portée de tout le monde. Ce sont les autorités qui prennent les décisions et nous, société civile, nous devons les faire appliquer par les citoyens tout en restant un groupe de pression contre ce même gouvernement. »
Par ailleurs, la République Démocratique du Congo est engagée dans le programme de Redd+ (Reducing emissions from deforestation and forest degradation) mis en place par l’ONU qui vise à lutter contre le réchauffement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre induits par la dégradation, la destruction et la fragmentation des forêts. Redd+ souhaite également élaborer des plans d’action nationaux afin de conserver les stocks de carbone forestier et d’aider à la bonne gestion forestière des pays en voie de développement.
Le Congo possède sur son territoire la deuxième plus grande forêt de la planète avec ses 125 millions d’hectares. Un poumon vert en plein cœur du continent africain qu’il est nécessaire de protéger.

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