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édito


Par Hugues Dorzée
Rédacteur en chef


Publié dans notre magazine n°119 - janvier & février 2017

Publié dans notre magazine n°119 - janvier & février 2017

Colères partagées

2016 est mort, vive 2017 ! Souhaitons-nous une « belle et heureuse année ». En insistant sur chaque mot : «  belle… heureuse… année… ». En écoutant leur petite musique intérieure. En s’arrêtant sur le sens, car il n’y a rien de pire que la méthode Coué et les vœux pieux.
En cette époque de zapping permanent, reliés à nos écrans et à la toile comme des chiens à leur laisse, perpétuellement distraits et accaparés par de prétendues « urgences », nous sommes, l’air de rien, en train de perdre insidieusement un bien pourtant si précieux : notre attention, à soi et aux autres.
Alors, oui, en esprit et de cœur, souhaitons-nous une chaleureuse et sincère année 2017. Qu’elle soit heureuse et fraternelle, pleine de plaisirs et de raison. Car quelque chose nous dit que nous en aurons grandement besoin !
Entrée en fonction de Donald Trump, élection présidentielle en France et spectre de Marine Le Pen au second tour, reconstruction européenne post-Brexit, précampagne électorale en Belgique avec une N-VA brutale et belliqueuse… 2017 s’annonce, une fois de plus, source d’incertitudes, voire d’inquiétudes.
On a tout dit (ou presque) sur cette affolante montée du populisme : la colère des « peuples », le rejet des élites, la défiance des laissés pour compte, la rupture progressive entre une classe politique aux abois et des citoyens qui aspirent au changement.
On a analysé toutes les recettes de ces bonimenteurs qui, à coups de slogans réducteurs, de fausses promesses et de mensonges éhontés, surfent sur l’angoisse et la peur, en exploitant à outrance la haine de l’Autre, la mondialisation, la suprématie de la race blanche, le désenchantement citoyen, en flattant ce peuple qu’ils prétendent incarner.
On a cloué au pilori les sondeurs, les médias de masse, les intellectuels avisés qui n’ont rien vu ou voulu voir. On s’est indigné sur les réseaux sociaux, abondement, comme pour conjurer le sort ou se rassurer face à ce qui, hier encore, semblait tout simplement impensable.
Et nous voilà, à l’aube d’une année nouvelle, les bras ballants, à contempler cette lente et terrible accession au pouvoir de personnages aussi imprévisibles que dangereux, véritables fossoyeurs de nos démocraties. Comme si ces événements échappaient définitivement à notre intelligence et à notre volonté.
On essaye ensuite de se convaincre que, oui, le peuple est résolument libre et souverain, même quand il se trompe de colère et qu’il vote massivement contre ses propres intérêts. Et puis, on s’accroche à une bonne nouvelle venue d’Autriche, pour ne citer que celle-là – le candidat écologiste Alexander Van der Bellen qui, à 31 026 voix près (!), est parvenu à repousser l’accession au pouvoir d’un président fédéral d’extrême droite – en se disant que d’autres victoires sont possibles.

« Une fraternité agissante »
« Sans l’élimination de la misère, il n’y a pas de vie civilisée sur terre, c’est la jungle, la bestialité », nous rappelle avec force Jean Ziegler, dans notre grand entretien à lire en p. 82.
A 82 ans, cet intellectuel alerte et combatif met le doigt dans la plaie et remonte à l’origine du mal : « La férocité de l’oligarchie capitaliste dominante, toujours plus dominante, et toujours plus riche, qui ne fait que croître et qui échappe presque entièrement à tout contrôle étatique, syndical, social ; accapare l’essentiel des richesses de la planète ; dicte ses lois aux Etats ; aliène les peuples ; creuse les inégalités dans le monde ; laisse sur le chemin un nombre toujours plus grand de dominés et de façon de plus en plus aveuglante et effrayante. »
Mais l’auteur des Chemins d’espérance nous invite aussi à l’optimisme en s’appuyant sur la formidable avancée des sociétés civiles qui, partout dans le monde, se mobilisent autour d’enjeux majeurs (le CETA, le climat, l’élection de Trump, l’alternance en Afrique…) et « font preuve de vitalité, de création et de fraternité agissante ».
De saines et victorieuses colères qui nous font oublier un instant d’autres colères, également venues d’en bas, mais dangereusement exploitées par quelques populistes sans vergogne.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

Dessin : Julie Graux

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