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Publié dans notre magazine n°Agir

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Publié dans notre magazine n°119 - janvier & février 2017

GEO-STRATÉGO
La chronique d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.

L’Afrique s’endette

Après deux décennies de surendettement, l’Afrique a bénéficié depuis le début des années 2000 d’une conjoncture favorable grâce aux allégements de dette, à la baisse des taux d’intérêt et à la hausse des prix des matières premières qu’elle exporte. Toutefois, le retournement de cette conjoncture entraîne aujourd’hui des difficultés de paiement et remet en cause la viabilité de la dette africaine.

Les années 1980 et 1990 ont été synonymes pour l’Afrique de crise de la dette et de plans d’ajustement structurel concoctés par le FMI et la Banque mondiale. Il en est résulté une hausse de la pauvreté et des inégalités, sans que le problème de la dette soit résolu.
Au contraire, les effets récessifs des plans d’austérité et la baisse des prix des matières premières exportées par le continent ont exacerbé les problèmes de surendettement extérieur, dont la charge du paiement dépassait les budgets de la santé et de l’éducation dans la plupart des pays.
A partir du début des années 2000, l’Afrique a enfin bénéficié d’une conjoncture plus favorable grâce à une succession d’événements. D’une part, une trentaine de pays africains ont bénéficié d’un allégement d’une partie de leur dette, dans le cadre de l’« initiative PPTE » (pays pauvres très endettés) lancée par le G7, suite au dépôt de la plus grande pétition de l’histoire de l’humanité (24 millions de signatures) par la campagne Jubilé 2000 regroupant des organisations de la société civile du monde entier.
D’autre part, la demande croissante des matières premières dans les pays émergents comme la Chine a entraîné une hausse de leur prix et une augmentation considérable des recettes d’exportation africaines.
Enfin, la baisse des taux d’intérêt internationaux a réduit le poids du service de la dette.
Cette conjoncture favorable n’a pas seulement permis d’alléger le poids de la dette africaine – qui est passée en moyenne de 107 % du PIB africain à moins de 40 % dans la plupart des pays [1] elle a aussi permis à une douzaine de pays africains d’emprunter sur les marchés financiers internationaux. Une première pour la plupart d’entre eux, puisque l’Afrique du Sud était le seul pays d’Afrique subsaharienne à y avoir accès depuis les années 1970. A la suite des Seychelles en 2006, douze autres pays d’Afrique subsaharienne [2] ont ainsi emprunté entre 2006 et 2016 un total de 25 milliards de dollars sur le marché des euro-obligations – dont plus de 4 milliards pour la Côte d’Ivoire, 3,5 milliards pour le Ghana et 3 milliards pour le Gabon et la Zambie.
Le problème, c’est que le rendement de ces euro-obligations est étroitement corrélé à la volatilité du marché mondial des capitaux, à l’évolution des prix des matières premières et au degré d’aversion au risque des investisseurs internationaux – autant de facteurs qui échappent au contrôle des gouvernements africains [3].
Il en résulte que la dégradation de la conjoncture internationale, suite à la crise économique mondiale, au ralentissement économique en Chine et à la baisse des prix des matières premières, a pour effet de renchérir la charge relative des remboursements et d’entraîner des difficultés de paiement.
Les Seychelles et le Ghana ont été les deux premiers pays à devoir solliciter une aide du FMI conditionnée à un plan d’austérité.

Dépendants des matières premières
Le principal talon d’Achille des économies africaines est leur dépendance envers les revenus de quelques matières premières. Les deux principales matières premières exportées par chacun des pays africains représentent ainsi la majorité des recettes totales d’exportation – elles représentent par exemple plus de 90 % des recettes d’exportation au Gabon, au Nigeria et en République du Congo, plus de 70 % aux Seychelles et en Zambie et plus de 60 % en Côte d’Ivoire et au Ghana.
Non seulement cette concentration dans le secteur des matières premières – qui est déconnecté du reste de l’économie, peu créateur d’emplois et facteur d’inégalités – est un frein au développement africain, mais il représente en outre un important facteur de vulnérabilité financière.
En effet, lorsque les prix de ces matières premières s’effondrent, comme c’est le cas depuis 2012-2013 pour le pétrole, les produits miniers et d’autres matières premières exportées par l’Afrique, les recettes nécessaires pour rembourser la dette extérieure diminuent et les difficultés de paiement surgissent.
C’est pourquoi la dette africaine est repartie à la hausse ces dernières années : le stock de la dette africaine a augmenté en moyenne de plus de 10 % par an sur la période 2011-2013 [4], tandis que la baisse des prix des matières premières et de la croissance économique a depuis lors aggravé la situation.
La composition et les conditions de la dette extérieure africaine ont par ailleurs eu pour effet de la rendre moins soutenable, du fait que les nouveaux emprunts ont tendance à être moins concessionnels, à des taux d’intérêt plus élevés et avec des échéances plus courtes qu’il y a dix ans. En outre, la moyenne générale masque la hausse beaucoup plus rapide de la dette extérieure dans plusieurs pays africains au cours des dernières années.

La porte ouverte aux « fonds vautours »
Certes, il est à souligner qu’un nombre croissant de pays africains ont réussi, au cours des dix dernières années, à émettre des titres de la dette libellés en monnaie locale et à longue échéance – ce qui contraste avec la tendance du passé à s’endetter à court terme et en devises étrangères, rendant les économies vulnérables envers le « risque de change » [5].
Il n’en reste pas moins que le retournement de la conjoncture internationale et la hausse de la dette qu’elle provoque viennent subitement remettre en cause la viabilité de la dette africaine.
Le spectre d’une nouvelle crise de la dette laisse craindre qu’elle vienne annihiler à terme les progrès économiques et sociaux enregistrés en Afrique depuis le début des années 2000.
Le dilemme de l’Afrique est de mobiliser les moyens financiers nécessaires au financement de son développement tout en préservant la viabilité de sa dette.
A moyen et à long terme, le défi consiste à diversifier les économies africaines pour sortir de la dépendance envers les matières premières et mobiliser des recettes fiscales suffisantes pour financer les services sociaux de base aux populations. Une telle perspective est toutefois illusoire à court terme. Or, en cas de défaut de paiement, le système actuel de restructuration de la dette fait porter aux pays endettés tout le poids de l’ajustement, à travers des plans d’austérité aux effets récessifs. La multitude de créanciers détenant les titres de la dette rend par ailleurs difficile d’imposer à tous de participer aux accords de restructuration, ce qui ouvre la porte aux actions en justice des « fonds vautours » [6].
C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer un mécanisme multilatéral de restructuration de la dette, afin de permettre aux Etats en défaut de paiement de négocier des accords d’annulation de leur dette qui s’imposent à tous les créanciers. Cela permettrait aux pays endettés d’être immunisés contre l’action néfaste des fonds vautours, mais aussi de répartir plus équitablement la charge de l’ajustement avec leurs créanciers – et ainsi éviter de devoir appliquer des plans d’austérité contreproductifs. Une telle solution ne serait pas seulement bénéfique pour les économies africaines ; elle le serait également pour la zone euro et l’économie mondiale.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11
(@ArnaudZacharie)

Dessin : Julie graux

[1CNUCED, « Rapport 2016 sur le développement économique en Afrique : dynamique de la dette et financement du développement en Afrique », Nations unies, 2016, p. 146.

[2Rwanda, République du Congo, Tanzanie, Sénégal, Namibie, Nigeria, Kenya, Angola, Zambie, Gabon, Ghana, Côte d’Ivoire.

[3A. V. Gevorkyan and I. H. Kvangraven, « Assessing Recent Determinants of Borrowing Costs in Dub-Saharan Africa », Review of Development Economics, 20(4), 2016, p. 721-738.

[4CNUCED, op. cit., p. 147.

[5Lorsque le taux de change de la monnaie locale baisse par rapport à celui de la devise dans laquelle l’Etat s’est endetté, la valeur de la dette extérieure augmente d’autant en devise locale, pouvant déboucher sur un défaut de paiement.

[6Voir la chronique « Géostratégo » d’Arnaud Zacharie dans le numéro de septembreoctobre 2016 d’Imagine Demain le monde : « Couper les ailes aux fonds vautours ».

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