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Agir


Ecologie

Hervé Kempf
« Tout est prêt pour que tout empire, mais tout peut aussi se retourner »

Journaliste spécialisé dans les questions écologiques, rédacteur en chef du site d’informations Reporterre, Hervé Kempf tire dans son dernier ouvrage un bilan (noir) de 30 ans de nouveau capitalisme, mais aussi des leçons pour que le pire n’advienne pas.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?
Il est venu en réaction à l’ambiance qui a suivi l’attentat de Nice en juillet dernier. Si l’acte terroriste était bouleversant, j’ai été affligé par l’hystérie qui a suivi et par le débat absurde sur le burkini. Il m’a paru indispensable d’expliquer que le terrorisme ne tombe pas du ciel, et ne doit pas être le point focal de nos sociétés. Il fallait replacer ces terribles événements dans un contexte plus large. Il m’est apparu que nous ne pouvons pas comprendre le monde d’aujourd’hui si nous n’analysons pas la politique néolibérale de ces 30 dernières années et la gravité de la crise écologique. Il faut passer par l’histoire, retracer les fils enchevêtrés de la myriade d’événements qui, depuis les années 80, ont mis en place la situation actuelle.

Quels grands enseignements tirez-vous de cette « remise à plat » de l’histoire de ces dernières décennies ? La crise écologique est aujourd’hui le cœur de la question politique, si nous comprenons celle-ci comme la façon dont les sociétés s’organisent pour faire face à leur avenir. Mais les classes dirigeantes occultent ce phénomène crucial, alors que leurs pouvoirs ont augmenté considérablement et qu’elles ont organisé la montée des inégalités. Un effet de leurs choix depuis 30 ans est la montée de la violence terroriste.
Les classes dirigeantes restent obnubilées par la conservation de leurs privilèges et ne s’occupent pas sérieusement de la crise écologique qui s’approfondit à une rapidité effrayante. Et pendant ce temps, la montée des inégalités génère amertume, sentiment d’injustice, misère et exacerbe la violence.

Comment ces inégalités ont-elles pu rester si longtemps invisibles ?
Elles n’ont effectivement pas été vues jusqu’au début des années 2000. Avec l’effondrement de l’URSS (précisons que je n’éprouve aucune nostalgie pour ce système dictatorial et suis très heureux qu’il ait disparu), l’« équilibre » qu’il assurait face au capitalisme a disparu, et les mouvements soucieux de justice sociale en ont été affaiblis, laissant le champ libre aux classes dirigeantes néolibérales. De surcroît, l’ambiance des années 80 et 90 était euphorique, avec la montée des nouvelles technologies, d’Internet et la fin de la guerre froide. Le capitalisme était séduisant. Entre les produits chinois à bas prix et, aux Etats-Unis, les prêts immobiliers bas procurant un sentiment de prospérité, le niveau de vie semblait se maintenir. Enfin la poussée des pays émergents équilibrait un peu les choses au niveau mondial, et la réduction des inégalités entre pays a occulté l’augmentation des inégalités à l’intérieur de ceux-ci.

Nous en arrivons aujourd’hui à un nouveau capitalisme…
Je ne sais pas s’il est nouveau, mais nous en sommes au stade où les banques, les fonds de pension, les multinationales ont acquis de tels pouvoirs qu’ils peuvent dicter aux Etats leurs politiques. Les tribunaux d’arbitrage prévus par le CETA ou le TTIP en sont le symptôme très clair. Tout cela couplé à une évolution de plus en plus autoritaire voire militaire de nos sociétés, et au contrôle des médias par de grandes entreprises.

Il y a tout de même des raisons d’espérer ?
Le défi que représente la crise écologique est tellement grand qu’on peut espérer que l’humanité en sortira par le haut. Tout est prêt pour que tout empire, mais tout peut aussi se retourner, l’avenir est très ouvert. Les mouvements alternatifs sont très puissants, nous savons qu’un autre monde est possible, c’est une réalité qu’on peut voir. Mais il nous manque encore une conscience politique unificatrice.Il nous faut être bien sur nos pieds et dans nos têtes, être lucides par rapport à la réalité, mais ne pas nous laisser abattre. Nous pouvons faire des choses formidables à notre échelle. Cultivons, approfondissons les alternatives dans nos domaines de compétences, dans nos réseaux. Et maintenons une attitude de résistance face au pouvoir. Les alternatives doivent s’inscrire dans une vision globale de changement politique.

Propos recueillis par Laure de Hesselle

En savoir + :
Hervé Kempf, Tout est prêt pour que tout empire.
Douze leçons pour éviter la catastrophe
, Seuil, 2017, 100 p.

Photo : Hermance Triay

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