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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Sondocratie

Planter un thermomètre dans le cul de l’opinion publique, c’est un métier. Un métier qui rapporte. Des écus et de l’influence, au confluent des mondes de l’argent, du pouvoir et des médias. Echantillons, cornues, poudre de perlimpinpin. Jour après jour, la « sondocratie » se nourrit de ses propres approximations. Pourtant, les sondages n’ont rien vu venir.
Ni la victoire de Donald Trump aux USA, ni celle du Brexit au Royaume-Uni.
A la « primaire » de la droite en France, ils nous promettaient un duel entre Juppé et Sarkozy. Ce fut Fillon. A la « primaire » du PS, une finale entre Valls et Montebourg. Et ce fut Hamon.
Mais si les sondages se trompent, partout et si souvent, à quoi servent-ils encore ? A cela, précisément : nous tromper. A gonfler des baudruches à l’hélium médiatique. A fabriquer une « réalité alternative » qui sert les intérêts de ceux qui les commandent. A faire tourner le système en rond.
Car pendant que les projecteurs médiatiques sont ainsi braqués sur ces ectoplasmiques artefacts, ils escamotent les vrais débats, la confrontation des idées, les dynamiques sociales et les programmes de rupture.
Ils pervertissent le processus électoral qui est la base même de la démocratie : la discussion et le choix, par le peuple, d’un programme politique et d’un gouvernement.
A grands coups de manchettes, ils nous saoulent pendant des mois avec Machin qui « gagne » un demi pour cent, Trucmuche qui en « perd » deux, alors que ces variations, à l’intérieur de la bien nommée « marge d’erreur », n’ont en soi strictement aucune signification.
Accoudé au comptoir de ce PMU virtuel, hypnotisé par les sondages comme par le serpent Kaa du Livre de la Jungle, le malheureux électeur est ainsi sommé de choisir « le cheval gagnant » dans un match qu’on lui présente comme joué d’avance.
Face à Marine Le Pen, repoussoir suprême, on l’exhorte à renoncer à ses propres idées et à son propre candidat, pour choisir le candidat préféré des sondages, qui est aussi, par un heureux hasard, le candidat préféré de la finance et des médias.
Mais la réalité est coriace, la bougresse. Elle a de l’imagination, et la vie trace sa route pas les plus inattendus chemins. Il fallait bien que, dans la vraie vie, les candidats puissent se rencontrer et confronter leur programme.

L’électeur adore les outsiders
Le premier « grand débat », sur TF1, confrontait les cinq « favoris  » des sondages. Fillon, Le Pen, Macron, Hamon et Mélenchon : l’affiche est belle et Méluche est en forme. Le Pen aussi, hélas. La plupart des commentateurs en conviennent.
L’avant-veille, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont rassemblé plus de 120 000 mille personnes, place de la République, pour en réclamer une VIe. La veille, Hamon a rassemblé 20 000 personnes à son meeting parisien. Il y a du bonnet phrygien dans l’air.
Le lendemain matin, à la première heure, La Libre et Le Soir en ligne titrent pourtant : « Macron jugé le plus convaincant ».
A chacun son avis, certes. Mais là n’est pas la question. Ce titre n’est pas un choix éditorial. C’est, tel quel, le titre d’une dépêche de l’agence Reuters. Agence Reuters qui s’est, elle-même, basée sur un micro « sondage » réalisé (pendant la nuit ?) par la société Elabe. « Sondage » commandité par BFM-TV, dont le propriétaire, Patrick Drahi, est un des nombreux soutiens financiers de Macron. Vous le sentez monter, le délicieux fumet de la manip sondagière ?
Ce micro « sondage » proclame donc Macron « vainqueur », même si, au cours de la soirée, plus de 50 000 internautes ont, en direct, sur les sites de TF1 et RTL, plébiscité à plus de 42 et 55 % la pugnacité et le programme du candidat de La France insoumise.
Voilà comment se fabrique l’information. Voilà comment on manipule les lecteurs et l’opinion. Et voilà donc à quoi servent les « sondages ».
Le plus absurde, dans l’histoire, est que cette manipulation médiatique est, souvent, totalement contre-productive. Car si l’électeur de base vole au secours de la victoire, il adore aussi les outsiders, il sait lire un programme, et il déteste qu’on lui force la main. J’écris donc ceci le 21 mars, premier jour du printemps, en plein brouillard.
Quand vous lirez ces lignes, au joli mois de mai, vous saurez si les électeurs français ont choisi de conforter le système, ou, au contraire, de tourner la page de la cinquième république. Avec ou sans sondages.

www.claudesemal.com

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