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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

A l’amende

A quoi sert, en principe, une amende ? A nous inciter à respecter la loi. Les amendes pour excès de vitesse, par exemple, nous poussent à lever le pied.
Il suffit, pour les éviter, de respecter les limitations de vitesse.
L’amende « idéale » est donc celle que nous n’aurons pas à payer – puisqu’elle sanctionne notre vertu.
Depuis une vingtaine d’années, la fonction même de certaines amendes s’est toutefois profondément modifiée. De la sanction, on est passé à la rançon.
Car certaines communes et sociétés de transport semblent avoir trouvé là un moyen commode de renflouer leur budget.
Un véritable racket institutionnel.
Cela a commencé avec les parcmètres.
J’enregistrais la semaine passée dans un studio à Etterbeek.
Eh ! non, on ne transporte pas une contrebasse, une batterie ou 40 kilos d’amplis dans un tram ou sur le porte-bagages d’un vélo. Tarif des horodateurs ? 25 euros la demi-journée.
A Schaerbeek, où je répétais, même tarif. Soit 50 euros par jour – 5 % de mes revenus mensuels – pour parquer, pendant une journée, un véhicule dans la ville où j’habite et travaille. Du pur délire.
A la STIB, la société de transports bruxelloise, c’est plus pervers, mais aussi efficace.
Cela fait 50 ans que je prends les transports en commun.
Je ne fraude jamais, par habitude et par principe.
Quand j’étais ado, il y avait encore deux hommes dans chaque tram.
Le chauffeur, à l’avant. Et le receveur, à l’arrière.
Avec sa caisse de monnaie sur le ventre, il vendait les cartes et les billets, vous renseignait sur les correspondances, et hurlait régulièrement : « Doorschuiven, A.U.B. ! Avancez vers l’avant, S.V.P. ! », tout au long du trajet.
Aujourd’hui, un seul homme (ou une seule femme, car le métier s’est féminisé) conduit, seul(e), quatre ou cinq voitures articulées.
A l’arrêt, il ne vend plus que des billets à l’unité, au double du tarif « normal », et seulement si vous avez la monnaie.
Le personnel roulant a ainsi été remplacé par des bornes électroniques (souvent en panne) et par des hordes de contrôleurs (sympathiques comme des portes de prison). Ce sont les seules hôtesses d’accueil de la Stib.
L’autre jour, je prends le 81 avec ma carte Mobib.
Les deux bornes à l’avant du tram sont en panne. Je m’informe auprès du chauffeur. Il me répond, énervé : « C’est comme ça depuis ce matin ! » et me fait signe de passer. A l’arrêt suivant…
« Bonjour, contrôle des billets ! ».
Le chauffeur tente d’expliquer la situation (et se fait engueuler). 107 euros d’amende pour ma pomme. Dans son rapport, le contrôleur (qui est évidemment ici juge et partie) ne mentionne même pas ces circonstances particulières.
Lettres de rappel. Lettres de huissiers (ces autres bienfaiteurs de l’humanité – 165 euros de frais). Convocation à la justice de paix à une date où je suis indisponible (enregistrement de mon CD).
Je me rends donc au tribunal pour demander un report ou un aménagement d’horaire (je suis convoqué à 8 h 30 pour toute la journée !).
Le greffier me répond que le report est impossible si je n’ai pas d’avocat. Mais qui va payer l’avocat ?
Mon assurance juridique Axa (que je paye aussi régulièrement que mes tickets de tram) se déclare incompétente (vous savez, les petits caractères en bas du contrat).
Si je suis jugé par défaut, sans pouvoir donc me défendre, je serai condamné d’office au maximum de la peine et à de nouveaux frais de justice.
Soit, en tout, à ce jour, près de la moitié de mes revenus mensuels pour une prétendue fraude de 1,40 euro [1].
Ce qu’on appelle la loi est ainsi souvent devenue une machine de guerre contre les pauvres.
Et encore ! J’ai la chance que des policiers assermentés ne viennent pas, à cinq heures du matin, déchirer aux ciseaux mon nouveau sac de couchage [2], [3].

www.claudesemal.com

[1J’ai un ange gardien. Suite à un appel sur Facebook, le père d’un copain, avocat, a généreusement accepté de me défendre bénévolement. Jugement dans un mois.

[2Confisquer ou détruire les sacs de couchage des migrants est la nouvelle tactique policière de Théo Francken, secrétaire d’Etat à l’asile et aux migrations à Bruxelles.

[3Rien à voir (quoique ?). Je sors chez Igloo Records, ce mois-ci, une intégrale de mes douze albums de chansons (un somptueux coffret avec 3 CD de compil + un CD de nouvelles chansons + un livret de photos + un bon de téléchargement de mes 140 chansons). Prix spécial de souscription (frais de port inclus) : 25 euros. On peut me contacter directement pour les commandes : claude.semal@gmail.com

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