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Politique, par Jean Faniel, Directeur du CRISP

Un Etat dans l’Etat

Depuis le changement de majorité survenu en Wallonie cet été, le Forem a subi de sévères critiques. L’ancien ministre CDH Maxime Prévot l’a même qualifié dans La Libre d’« Etat dans l’Etat », de « citadelle à laquelle peu de personnes ont osé toucher ». Mais que recouvre et qu’implique l’usage de cette expression ?

Au 17e siècle déjà, d’aucuns considèrent que les protestants forment un « Estat dans l’Estat » français. Dans le contexte religieux tendu de l’époque, cette appellation ne tient pas vraiment du compliment. L’Etat représentant la puissance (surtout au moment où Louis XIV dit l’incarner), on mesure la force qui est ainsi prêtée à cette communauté.
Au début du siècle suivant, la Compagnie des Indes recevra le même sobriquet, signe là aussi de puissance, politique et économique à la fois, et d’autonomie.
Si l’expression est encore mobilisée épisodiquement au 19e siècle, c’est surtout au 20e qu’elle devient courante, en particulier depuis la Seconde Guerre mondiale.
En Belgique, plusieurs institutions se sont vu qualifier d’Etat dans l’Etat : l’Église catholique et la franc-maçonnerie, le Parti socialiste et le Parti social-chrétien (tout particulièrement son versant flamand, le CVP), l’organisation agricole Boerenbond ou encore la gendarmerie. Toutes ces institutions ont, à un moment ou à un autre, eu une importance et une influence telles que leurs détracteurs ont pu estimer – en n’hésitant d’ailleurs pas à forcer le trait pour appuyer leur jugement – qu’elles avaient mis l’Etat belge sous leur coupe.

Un Etat affaibli ou un Etat faible ?
Ces exemples recoupent assez exactement la définition proposée par le Trésor de la langue française, selon lequel on parle d’Etat dans l’Etat « pour exprimer le fait qu’un groupe (parti, entreprise industrielle, corporation) acquiert un pouvoir tel au sein de l’Etat qu’il peut échapper à son autorité voire lui dicter ses volontés ».
Concrètement, dans les exemples susmentionnés, l’emploi de cette expression met l’accent sur le contrôle que ces institutions exercent d’une certaine manière sur la population, insiste sur leur occupation des administrations par le biais de leurs représentants, ou souligne le poids qu’elles ont sur l’élite politique, ce qui leur permet d’avoir une influence déterminante sur le cours des politiques menées. Le plus souvent, il leur est même reproché de jouer sur les trois tableaux à la fois. Ce que l’on souligne en employant cette expression, c’est que certains groupes organisés sont à même de mettre à mal l’autorité de l’Etat et, de la sorte, de l’affaiblir tout en l’utilisant à leur propre profit.
Inversement, on peut se demander si ce n’est pas la faiblesse intrinsèque de l’Etat ou des organes qui sont censés le diriger qui explique que se développent de tels Etats dans l’Etat.
Dans l’entre-deux-guerres, les structures de l’Etat belge étaient assez faibles et vacillantes et le pays a connu de nombreuses crises politiques, en plus de tumultes économiques et sociaux. Étudiant de près la période de la Libération, l’historien anglais Martin Conway a montré que ces structures avaient rapidement été remises sur pied dès la fin du conflit, sans pour autant être réformées en profondeur [1]. Dès lors, tirant parti de ces faiblesses, l’Église catholique, le PSB, le PSC-CVP, etc., ont rapidement pu reprendre une place prépondérante dans la gestion des affaires publiques, et ce à tous les niveaux.

Hors de contrôle ?
La notice de Wikipédia relative à cette expression d’« Etat dans l’Etat » souligne la forte autonomie des groupes et institutions visés qui agissent « sans rendre de comptes à quiconque, ou très peu » et sont dénoncés pour leur opacité, leur archaïsme ou leur caractère antidémocratique [2].
Concernant le Forem, parler d’Etat dans l’Etat peut dès lors surprendre. Certes, cet organisme pararégional dispose d’un (...)

=> Lire l’intégralité de cette chronique dans notre magazine.

[1Les chagrins de la Belgique. Libération et reconstruction politique 1944-1947, M. Conway, Bruxelles, CRISP, 2015.

[2 Etat dans l’Etat.

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