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Prendre le temps


Grand entretien

Paul De Grauwe :
« Les inégalités pervertissent
la démocratie »

Jadis apôtre d’une vision très libérale de la mondialisation, l’économiste belge Paul De Grauwe en est devenu l’un des critiques les plus ardents. Il dénonce avec verve le pouvoir considérable que se sont accaparé une poignée de super riches. Ses derniers écrits incluent aussi une réflexion sur le réchauffement climatique, pour lequel il n’entrevoit qu’une issue : la voie de la diplomatie et de la coopération internationale. « C’est un chemin fragile, mais c’est le seul que nous avons. »

La pédagogie est un art subtil. Paul De Grauwe, l’un des économistes les plus réputés de Belgique, possède cette faculté rare qui l’autorise à parler croissance, dividendes et externalités sans perdre aussitôt les deux tiers de son auditoire. Pas de concepts révolutionnaires sous sa plume, mais une mise à nu limpide des travers du capitalisme contemporain. Son dernier ouvrage, Les limites du marché, n’a pourtant rien d’un appel aux barricades. Paul De Grauwe est et reste un libéral. Néanmoins, les correctifs auxquels il appelle pour pallier l’effarante montée des inégalités s’avèrent à maints égards plus radicaux que ce qu’ont proposé les partis de gauche et les grands syndicats européens ces deux dernières décennies. Chez lui, dans un quartier calme de Louvain, il lit, écrit et réfléchit au son de la musique classique. Une monographie sur Le Caravage est posée sur la table basse du salon. Dans les rayonnages de la bibliothèque, les littératures française et anglaise occupent une place de choix, tout comme les livres d’histoire. Plusieurs volumes de la Pléiade attirent le regard. Pêle-mêle, on distingue aussi, en plusieurs éditions, les œuvres d’Albert Camus, de Shakespeare, ou encore d’Arnon Grünberg, peut-être le plus grand écrivain néerlandais actuel. Lues et relues, également  : les mémoires d’Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, qui a admis publiquement, après la crise financière de 2007, que son logiciel intellectuel était dépassé. Une évolution analogue à celle de Paul De Grauwe lui-même.

Loin des thèses ultralibérales que vous défendiez dans les années 1990, vous dénoncez à présent l’explosion des inégalités sociales. Pourquoi ce revirement ? Avez-vous vu la lumière, à la façon de Saint Paul sur le chemin de Damas ?
L’histoire de Saint Paul, c’est celle d’un homme chez qui la conversion est instantanée. Dans mon cas, l’évolution a au contraire été très lente. Par le passé, je croyais que les problèmes de répartition des revenus n’étaient guère importants, car pendant une longue période, de 1950 à 1980, les inégalités étaient en diminution dans de nombreux pays. L’économiste français Thomas Piketty l’a très bien analysé. Ce n’est qu’à partir de 1980 que la mondialisation et l’ouverture des marchés ont provoqué une nouvelle hausse des inégalités. Les faits changent, donc il faut aussi revoir ses théories. Ma théorie initiale était que, dans un système capitaliste, certains mécanismes empêchent les inégalités de trop augmenter. Mais il s’avère que ça n’a pas été le cas. Or c’est un problème, l’inégalité. Quand elle devient trop forte, le consensus social se détériore, et on risque d’aboutir à une situation où une grande partie de la population vit dans le ressentiment, éprouve une sensation d’injustice permanente, avec la tentation d’un changement brutal pour en finir avec cette injustice.

C’est l’un des axes majeurs de votre pensée : vous accusez le capitalisme de nuire à la démocratie.
Oui, j’ai évolué sur ce plan-là aussi. Plus que jamais, je suis convaincu que les enjeux de démocratie et d’inégalité sont fortement liés. Cette réflexion se trouve d’ailleurs au centre du livre d’Alexis de Tocqueville sur la démocratie en Amérique, et c’est ce qui continue de le rendre passionnant, plus de cent cinquante ans après sa publication. Tocqueville a grandi en France au début des années 1800, dans un pays qui avait (...)

=> Lire l’intégralité de ce grand entretien dans notre magazine.

Photo : Marie Russilo (St)

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