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dossier


Gand, l’histoire
d’une métamorphose

Bas Bogaerts

L’ancienne capitale des comtes de Flandre a été l’un des berceaux du socialisme belge au 19e siècle, avant de sombrer dans le déclin. Elle connaît depuis deux décennies un spectaculaire renouveau, qui en fait l’un des laboratoires urbains les plus exaltants en Europe. La société civile se mobilise notamment autour d’un objectif : devenir une ville neutre en carbone en 2050.

La formule surplombe les planches. Elle est inscrite en lettres d’or, juste au-dessus des rideaux rouges, sur toute la largeur de la scène. Kunst veredelt. L’art élève. Une profession de foi prométhéenne pour ce qui était jadis la cathédrale du socialisme gantois.
Aujourd’hui, cette règle d’or continue d’interpeller les spectateurs qui assistent, dans la salle du théâtre du Vooruit, à des spectacles contemporains. Le Vooruit a cessé d’être un catalyseur de luttes ouvrières. Reconverti en lieu culturel dynamique, il reste néanmoins fidèle à sa vocation initiale : l’émancipation par la culture, la convivialité par-delà les barrières sociales.
Au rez-de-chaussée, un vaste café-restaurant donne sur la rue. A travers les fenêtres, on observe le va-et-vient des étudiants de l’université voisine. Un ciel bleu délavé, blanchi par l’hiver, propage une lumière finissante. On vient au Vooruit à toute heure de la journée, pour boire une soupe roborative, une Westmalle ou un capuccino, dans une ambiance décontractée. La carte affiche un large choix de plats végétariens ; toutes les viandes sont bio.
« Nous sélectionnons des ingrédients socialement responsables, écologiques et issus du commerce équitable », proclame un écriteau au-dessus du vénérable bar, tout en bois et en marbre.
Ici même, il y a un siècle, se pressaient ouvriers du textile, cordonniers, cheminots et avocats, tous rassemblés pour la cause du peuple. Le bâtiment est né de la volonté farouche d’Edouard Anseele, l’homme fort du socialisme gantois, fondateur dès 1880 de la coopérative de boulangerie Vooruit (en avant), premier modèle du genre en Belgique. Anseele voulait que la gauche se dote d’un édifice de prestige pour l’exposition universelle de 1913, afin de promouvoir l’idée de coopération culturelle auprès des visiteurs attendus à Gand. Il en résulta un bâtiment labyrinthique, d’un gigantisme babylonien : 360 pièces au total, toilettes comprises. « Le Vooruit est vraiment un endroit hallucinant, hors de proportions », s’enthousiasme Franky Devos, son actuel directeur.
Chaque année, en décembre, le Vooruit continue d’organiser un « festival de l’égalité ». Tous les mois, les soirées Uitgelezen reçoivent le gratin des lettres néerlandaises pour des lectures publiques et des débats. Les concerts se tiennent au sous-sol, dans une salle aux murs crème et saumon, d’une capacité de onze cents places debout. On y descend par un large escalier aux carrelages mouchetés, comme dans la piscine de notre enfance. L’arrière de la salle donne sur un canal. La lumière du jour se faufile à travers des vitraux à l’esthétique travailliste, glorifiant la vie ouvrière. Une signature y est apposée : « Ateliers Lebrun, Gand, 1914 ».
Ce témoin monumental de l’histoire sociale belge a bien failli disparaître. A partir des années 1950, l’essor économique de la Flandre, la concurrence nouvelle de la télévision, couplées à la perte d’influence du pilier socialiste, n’ont cessé de faire chuter la fréquentation du Vooruit. La revente du bâtiment, voire sa destruction, s’est peu à peu imposée comme inéluctable. Fin des années 1970, des plans prévoyaient même de transformer en garage cet espace stratégique en plein centre-ville. Le lieu ne dut son salut qu’à la détermination d’une poignée de jeunes Gantois. « Au début des années 1980, il y avait beaucoup de chômage à Gand, rembobine Franky Devos. Beaucoup de gens cultivés, qui avaient fait des études supérieures, ne trouvaient pas de boulot. Par contre, ils avaient du temps. Certains d’entre eux se sont dit : allez, on ne peut pas laisser cet endroit unique à l’abandon. Et ils se sont retroussé les manches pour sauver le Vooruit. »
Reconverti en centre culturel en 1982, le lieu va reconquérir peu à peu sa force d’attraction d’antan. « Ce qu’on n’a jamais perdu, c’est la complicité avec la ville, commente Franky Devos. Le Vooruit, c’est Gand ! Par le passé, j’ai dirigé des centres culturels à Courtrai et à Amsterdam, j’ai toujours cherché la connexion avec la ville. Ici, pas de problème : au Vooruit, nous sommes la ville, en quelque sorte. »
Une ville en pleine mutation, néanmoins. Environ 45 % des Gantois de moins de cinquante ans ont (...)

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