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Prendre le temps


Littérature

Les rivières mentales
de Stefan Hertmans

Stefan Hertmans, qui a connu le succès international avec son roman Guerre et térébenthine, a passé la majeure partie de sa vie à Gand. S’il a quitté les rives de la Lys et de l’Escaut pour s’installer en périphérie bruxelloise, l’écrivain reste attaché à ce qu’il considère comme « la seule ville de gauche » dans une Flandre décrite comme « remplie de frustration ».


Catherine Hélie - éditions Gallimard

Gelukstraat. Rue du Bonheur. Rien ne destinait à la notoriété cette étroite rue gantoise, aux petites maisons serrées les unes contre les autres, nichée dans un méandre de la Lys. Jusqu’à ce que Stefan Hertmans n’y trouve l’inspiration de l’un de ses poèmes. Désormais, de nombreux habitants de Gand connaissent la rue du Bonheur, même parmi les moins férus de littérature. Et pour cause : pendant près de vingt ans, le poème s’est étalé en lettres peintes sur la façade latérale du Vooruit, l’ancien foyer du socialisme gantois, reconverti en lieu culturel branché. Les milliers de personnes qui passaient chaque jour devant cet édifice emblématique, situé dans le quartier très animé de l’université, étaient peu à peu devenues familières des vers mélancoliques de Stefan Hertmans. Leur imagination avait appris à projeter des images sur les mots – la vieille école poussiéreuse, les traces de plâtre sur le sol, les tilleuls aperçus par la fenêtre, les songes de l’enfance et l’indéfectible lien maternel.
En février 2013, la construction d’une terrasse sur le flanc gauche du Vooruit avait conduit à l’effacement du poème. Pendant plusieurs mois, la question avait agité le landerneau gantois : que faire de « Gelukstraat » ? Un espace a finalement été trouvé pour offrir à nouveau aux passants la rêverie de Stefan Hertmans, à présent imprimée sur un mur de béton, juste à côté de l’entrée principale du Vooruit. L’écrin a été dévoilé le 31 mars 2015 en présence du bourgmestre Daniel Termont, le jour même où l’écrivain fêtait son 64e anniversaire.
Hertmans, l’enfant du pays. Poète, dramaturge, essayiste, romancier, l’auteur gantois a connu un succès mondial avec Guerre et térébenthine, best-seller paru en 2014, traduit dans vingt-cinq langues. S’il vit depuis quelques années à Dworp, au sud-est de Bruxelles, il a gardé pour sa ville d’origine, dont il reste l’un des meilleurs ambassadeurs culturels, une tendresse profonde.
Dans Entre Villes, recueil de déambulations urbaines paru en 1998, où il saute de Bratislava à Dresde, de Trieste à Marseille, il décrit la mentalité gantoise comme un curieux mélange d’esprit de clocher et d’ouverture au monde. Le Gantois préfère se brancher sur l’étranger plutôt que d’aller passer un jour à Anvers.
Quand on rencontre l’écrivain, la conversation s’enclenche naturellement sur le Vooruit. « C’était le temple de ma génération, se souvient Stefan Hertmans. J’y ai vu John Cale jouer pendant trois heures, seul, assis sur le coffre de sa guitare. Le Vooruit est le trait d’union parfait entre l’ancienne histoire ouvrière de la ville et le renouveau culturel des années 1970. C’est pour ça que Gand représente quelque chose d’assez unique, parce que s’y est créée une sorte d’entente entre la mentalité de l’ouvrier et la mentalité de l’étudiant. »
Cette singularité gantoise, Stefan Hertmans en parle avec lyrisme. « J’ose même dire que Gand est la seule vraie ville de gauche en Flandre. Bien sûr, Bruges, Ostende, Louvain et Hasselt ont toutes à leur tête un bourgmestre socialiste. Mais les idées de gauche n’y sont pas ancrées, comme à Gand, dans la conscience publique. Parce que soyons francs, à Bruges, on serait bien en peine de voir que le bourgmestre est socialiste. La ville s’est vendue au tourisme de façon purement capitaliste et libérale. A Gand, en revanche, les leaders socialistes locaux, comme l’actuel bourgmestre Daniel Termont, ont toujours été des figures un peu intellectuelles, des gens qui menaient le débat. Ailleurs en Flandre, toute cette tradition socialiste s’est écroulée, et va s’écrouler encore plus aux (...)

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