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GEO-STRATÉGO
La chronique d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11. (@ArnaudZacharie)

USA-Chine :
le choc des puissances

La « guerre commerciale » annoncée par le président Trump a pour principal objectif d’endiguer la montée en puissance de la Chine, considérée comme une menace pour le pouvoir hégémonique des Etats-Unis. La manière dont sera gérée la rivalité entre ces deux puissances aura des conséquences majeures sur les relations internationales
du 21e siècle.


Julie Graux

La batterie de mesures protectionnistes annoncées ces derniers mois par l’administration Trump [1] vise en particulier la Chine, accusée de violer les droits de propriété intellectuelle des firmes américaines et d’être la principale responsable du déficit commercial des Etats- Unis. Certes, la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine n’est pas neuve, mais la nouvelle stratégie nationale de sécurité de l’administration Trump considère désormais clairement la Chine comme une puissance rivale dont les objectifs stratégiques sont contraires aux valeurs et aux intérêts des Etats-Unis [2].

Made in China 2025

Depuis les réformes de Deng Xiaoping dans les années 1980, la Chine a entamé un processus de convergence économique avec les pays occidentaux, en tirant profit de la décomposition internationale des processus de production. Principal « atelier du monde », la Chine a attiré les firmes transnationales en leur fournissant une main-d’œuvre bon marché pour assembler les composants industriels, tout en incitant les firmes étrangères à créer des partenariats avec les entreprises d’Etat chinoises et à leur transférer des technologies.

Alors qu’elle ne figurait pas au rang des cinquante premiers exportateurs de produits industriels en 1980, la Chine se hisse sur la première place mondiale en 2010. En 2014, l’économie chinoise devient la première économie mondiale en parité de pouvoir d’achat, détrônant les Etats-Unis et permettant à des centaines de millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté : le taux de pauvreté régresse en effet, de 90% en 1980 à 10% aujourd’hui. La Chine, dont l’économie a bénéficié des progrès technologiques, ne se contente plus de son statut d’« atelier du monde » mais envisage aussi de développer ses propres firmes transnationales dans les secteurs de pointe et détaille ses objectifs dans l’agenda « Made in China 2025 » adopté en 2015 par le gouvernement chinois.

Alors que la Chine ne comptait en 1996 qu’une seule firme parmi les 500 premières firmes mondiales, elle en compte 106 en 2017, contre 132 pour les Etats-Unis [3]. Parmi ces firmes chinoises, on trouve des entreprises publiques des secteurs de l’énergie, des infrastructures, des télécommunications ou de la finance, mais aussi les nouveaux géants du tech – comme Tencent, Baidu, Alibaba, Huawei ou Xiaomi – qui ambitionnent de rivaliser avec les « GAFA [4] » et positionnent la Chine comme acteur majeur de la transition numérique.

Ce n’est ainsi pas un hasard si les produits chinois ciblés par les tarifs de l’administration Trump, qui accuse la Chine de « vol technologique », appartiennent précisément aux secteurs ciblés par l’agenda « Made in China 2025 » du président Xi Jinping : technologies de l’information, robotique, ingénierie maritime, véhicules électriques, biopharmacie, équipement aérospatial, etc. La « guerre de l’acier » annoncée par l’administration Trump masque en réalité un enjeu bien plus important [5]. Si les Etats-Unis ont longtemps vu d’un bon œil la réduction des coûts de production permise par l’économie chinoise, il en va tout autrement depuis que le parti communiste chinois menace ouvertement le leadership technologique américain — étape décisive vers le « rêve chinois » énoncé par Xi Jinping, qui ambitionne avec le projet de « Nouvelle Route de la Soie » de hisser son pays au rang de première puissance mondiale à l’horizon 2049 [6].

Guerre commerciale ou pétard mouillé ?

La menace de « guerre commerciale » agitée par l’administration Trump est en réalité une posture de négociation visant à inciter les différents partenaires commerciaux des Etats-Unis à accepter des concessions bilatérales pour éviter les tarifs annoncés. Or il est peu probable que cette stratégie débouche sur des résultats substantiels [7]. En outre, en annonçant des mesures susceptibles d’affecter l’ensemble de ses partenaires commerciaux, l’administration Trump fait indirectement le jeu de la Chine, qui cherche à éviter toute confrontation directe avec les Etats-Unis. Le gouvernement chinois préfère tirer profit de l’irritation internationale suscitée par les mesures unilatérales de l’administration Trump pour se forger une image de défenseur du multilatéralisme et de la mondialisation.

S’il a clairement annoncé qu’il prendrait toutes les dispositions nécessaires afin de défendre ses intérêts, le gouvernement chinois privilégie la négociation et dispose de marges de manœuvre qui lui permettent d’octroyer des concessions aux Etats-Unis. C’est notamment le cas en matière de protection des droits de propriété intellectuelle, sujet qui constitue la principale pomme de discorde entre les deux puissances : si les firmes chinoises ont longtemps cherché à imiter les innovations des firmes étrangères, on constate qu’elles s’illustrent désormais dans leur volonté d’innover et donc aussi de protéger leurs brevets. Plus la Chine innove, plus elle a intérêt a protéger les droits de propriété intellectuelle et pourrait donc, sans se faire prier, répondre aux demandes des Etats-Unis en cette matière [8]. Le gouvernement chinois a d’ailleurs démontré ses capacités de négociation bilatérale avec l’« accord commercial intérimaire » conclu en 2017 suite au « programme de travail de cent jours » avec les Etats-Unis : les concessions chinoises, déjà peu substantielles, ont été monnayées en contrepartie de concessions américaines [9].

Le désordre mondial

En définitive, la stratégie commerciale de l’administration Trump ne suffira ni à résorber le déficit commercial des Etats- Unis ni à enrayer la montée en puissance de la Chine. Nul ne sait toutefois jusqu’où peut mener cette stratégie unilatérale de la confrontation… L’histoire des « transitions hégémoniques » nous enseigne en effet que la rivalité croissante entre une puissance hégémonique en perte de vitesse et une puissance émergente déterminée à prendre le leadership fragilise le système international qui devient instable et dangereux [10].

La régulation de la mondialisation nécessiterait de refonder le système multilatéral afin d’y intégrer les puissances émergentes, de renforcer les normes internationales et de répondre aux défis du changement climatique, de l’instabilité financière, de l’évasion fiscale, de la protection des données personnelles ou des conditions de travail. Ce n’est malheureusement pas l’option prise par l’administration Trump, qui préfère se retirer des accords internationaux et saper les fondements du système multilatéral instauré par les Etats-Unis après la Deuxième Guerre mondiale.

Nul ne peut dès lors garantir que ce « choc des puissances » USA/Chine ne débouchera pas à terme sur un affrontement commercial et diplomatique de plus grande ampleur.

[1L’administration Trump a annoncé en janvier 2018 une augmentation de 50% des droits tarifaires sur les importations de machines à laver et de 30% sur les importations de panneaux solaires. En mars 2018, le président américain annonçait également une augmentation de 25% des droits de douane sur les importations d’acier et de 10% sur les importations d’aluminium ainsi qu’une majoration de 25% des tarifs sur un ensemble de produits importés de Chine d’une valeur globale de 50 milliards de dollars.

[2White House, « The National Security Strategy of the United States », December 2017.

[4Google, Amazon, Facebook et Apple.

[5G. Magnus, « Forget trade wars, the real US-China clash is a tech war », Prospect, 26 mars 2018.

[6A. Zacharie, « La nouvelle Route de la Soie : le plan Marshall chinois », Imagine Demain Le Monde, juillet-août 2017.

[7Le premier accord bilatéral annoncé avec la Corée du Sud dès fin mars 2018 ne comprend ainsi que quelques concessions coréennes sans impact véritable sur les échanges entre les deux pays. Parmi ces concessions, on trouve par exemple le prolongement du tarif US de 25% sur les importations de camions coréens, un meilleur accès au marché coréen pour les exportations d’automobiles US et un quota pour les importations coréennes d’acier aux Etats-Unis.

[8Shang-Jin Wei, « How to avoid a US-China trade war », Project Syndicate, 23 mars 2018.

[9J.-F. Boittin, « Accord commercial intérimaire entre la Chine et les Etats-Unis : la Chine remporte le premier set, 6-2 », CEPII, 19 mai 2017.

[10F. Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XIIIe siècle : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, 1979.

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