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Prendre le temps


Grand entretien

Bruno Latour :
« Les climatosceptiques nous ont déclaré
la guerre »

Le sociologue Bruno Latour appelle nos sociétés à « atterrir », à retrouver le Terrestre, pour en finir avec les illusions d’une civilisation hors-sol. Il y a urgence : le changement climatique « rend fou », observe-t-il, aussi bien les scientifiques qui l’étudient, les élites qui le dénient, que les citoyens qui le subissent. Pas question pour autant de défendre une vision passéiste. « Pour résoudre le problème, nous avons à la fois besoin de laboratoires de pointe et de rituels », estime cet intellectuel original, qui fut l’un des précurseurs de l’écologie politique.

C’est une voix atypique au sein de l’intelligentsia française. Le sociologue Bruno Latour a été, dans les années 1970, l’un des premiers à s’intéresser de près aux questions écologiques. A septante ans, il revient avec un court essai polémique, au titre interrogatif : Où atterrir ? Le clivage essentiel de notre temps, développe-t-il, n’oppose plus la gauche et la droite, mais ceux qui veulent d’urgence atterrir, c’est-à-dire renouer avec le Terrestre, et ceux qui entretiennent l’illusion d’une civilisation hors-sol. Entre ces deux camps, pas de place pour d’aimables arguties. Non, la guerre est déclarée, nous dit Latour.

L’originalité du propos, qui donne un tour parfois curieux au livre, réside dans l’idée (jamais explicitée, mais constamment en toile de fond) qu’une sorte de complot a été ourdi par une oligarchie mondiale. Celle-ci orchestre la négation du changement climatique, afin de perpétuer ses privilèges, en laissant le reste du monde se noyer. Parfois littéralement, à l’image de ces vies perdues en Méditerranée, ou de ces peuples polynésiens sacrifiés par la montée des océans. Parfois au sens figuré, dans le cas des démocraties européennes, menacées de submersion par la double hausse des inégalités et des populismes. « Ah, ce goût du grand large prêché par ceux qui sont à l’abri partout ! » raille Bruno Latour.

L’auteur reçoit dans son appartement parisien, à quelques pas de la Sorbonne et de Saint-Germain-des-Prés. Partout, des livres s’entassent : dans le petit bureau, dans le salon, dans le corridor, dans la salle à manger. Fauteuils en velours, chaises au dos matelassé, lourdes tentures bordeaux, vitraux aux fenêtres, antiquités japonaises et africaines… Rien ne manque. Mais le décor est un trompe-l’oeil. Derrière l’atmosphère feutrée, derrière l’expression affable du vieil homme, se cache une terrible colère.

« La Terre a cessé d’encaisser les coups et les renvoie de plus en plus violemment », écrivez-vous. Dans ce monde bouleversé par les crises écologiques, la folie nous guette-t-elle ?
Bien sûr. On ne peut pas aborder les questions d’écologie calmement car il y a un décalage complet entre les informations qui nous parviennent et l’inaction dans laquelle on se trouve. D’un côté, on apprend que les années 2015, 2016 et 2017 ont été les trois plus chaudes jamais enregistrées. De l’autre, rien ne bouge, parce qu’on ignore comment s’y prendre. Je ne vois pas qui pourrait aborder les questions d’écologie au sens large en restant sain d’esprit. Certainement pas les scientifiques, qui sont affolés.

Ce n’est donc pas un hasard si plusieurs grands climatologues sont en proie à de graves souffrances psychiques ?
Souffrance psychique est le mot exact. Cela concerne les scientifiques mais aussi ceux qui dénient le changement climatique, car ça rend malade de dénier. Et cela affecte aussi les personnes qui entendent les nouvelles à la radio et qui se sentent impuissantes. La « folie » est un terme peu technique, mais il (...)

=> Lire l’intégralité de ce grand entretien de 5 pages dans notre magazine.

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