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Prendre le temps


Grand entretien

Nancy Huston :
« La question climatique m’est devenue violemment personnelle »

Ses romans ont bercé les cœurs, et parfois changé la vie de milliers de lecteurs et de lectrices. C’est que l’œuvre de Nancy Huston se démarque radicalement d’une littérature européenne dominée par le nihilisme et le dégoût de la vie. Venue à l’écologie sur le tard, cette Canadienne anglophone, installée à Paris depuis plus de quarante ans, est divisée par la vision angoissante d’un avenir saccagé par le dieu pétrole et sa volonté farouche de sauver la beauté du monde.

Longtemps, elle s’est focalisée sur la destinée des pères et des mères, se fichant comme d’une guigne des terres et des mers. Nancy Huston et l’écologie, c’est l’histoire d’un éveil. Peu à peu, pas à pas, la romancière franco-canadienne a pris conscience de la fragilité de nos hémisphères et de notre atmosphère. La nature s’est invitée dans ses écrits. L’enjeu climatique s’est imposé à ses yeux pour ce qu’il est : une question de vie ou de mort. Si Nancy Huston n’est pas une écolo de la première heure, elle évoque désormais les problématiques environnementales avec la foi des convertis.

L’écrivaine reçoit dans sa petite maison de Paris, au fond d’une impasse, à deux pas du Père-Lachaise et d’une place Gambetta bruyante. Elle a préparé du thé vert et servi des tuiles aux amandes. Elle porte un pull à col roulé rouge, une écharpe noire et une blouse sans manches qui lui donne un air de chanteuse country. En cette fin d’après-midi printanière, chaude, son visage est recouvert d’un fond de teint couleur plâtre qui en accentue la pâleur, fait ressortir la vigueur de son regard et lui donne un air de tragédienne, de prêtresse antique. Quels oracles s’apprête-t-elle à délivrer ? Nancy Huston n’aime ni l’espoir ni le désespoir. Elle aime la douceur et le combat (ce n’est pas antinomique) ; raison pour laquelle elle intervient fréquemment dans le débat public, parfois de façon déroutante.

Ses tribunes et ses interviews ont le don de brouiller les antagonismes classiques. Elle s’engage résolument aux côtés des habitants de la vallée de la Roya secourant les migrants qui traversent les Alpes au péril de leur vie, ce qui ne l’empêche pas de signer dans Le Monde une carte blanche où elle défend l’usage du mot « race », qualifiant de « fiction à la mode » le discours qui prétend que les différences génétiques entre groupes humains sont proches de zéro. Elle dénonce de longue date l’inégalité dont sont victimes la plupart des femmes, la violence masculine et l’obscénité pornographique, mais célèbre aussi la maternité puis s’insurge contre ce qu’elle appelle « l’idéologie unisexe ». « Que nous puissions être homosexuel, asexuel, bisexuel, transsexuel ou queer, c’est merveilleux, expliquait-elle récemment. Et cela en dit long sur notre capacité d’invention et notre souci de plaisir individuel, mais ne change rien au fait que, pour naître, il faut la rencontre de chromosomes venus d’un homme et d’une femme. »

Parallèlement à une intense activité intellectuelle et citoyenne, Nancy Huston continue d’édifier, roman après roman, une volumineuse oeuvre littéraire. Son dernier roman, Lèvres de pierre, paraîtra au mois d’août. Elle y croise son propre itinéraire et celui d’un Cambodgien venu comme elle à Paris. Le récit retrace la destinée de cet inconnu qui entre en politique et se laisse progressivement identifier comme étant Pol Pot, l’un des pires dictateurs du 20e siècle. Pourquoi ce choix ? « Dans ma jeunesse, j’ai été transformée, exactement comme Pol Pot, Ho Chi Minh et d’autres, en une petite marxiste révolutionnaire très heureuse de voir couler le sang. J’ai défilé dans les rues de Paris pour soutenir les Khmers rouges. Dès lors, je ne peux pas dire que la tragédie qui a suivi ne me concerne pas. »

Cet été, Nancy Huston travaillera sur le scénario du prochain film de Claude Barras, le cinéaste suisse qui a réalisé Ma vie de courgette. Le personnage principal sera un orang-outang ; le décor, les forêts tropicales d’Indonésie, menacées par l’exploitation de l’huile de palme.

Mener de front ces différents combats est un combat en soi. Certains matins, Nancy Huston l’admet, la force lui manque. C’est la raison pour laquelle elle admire tant Arundhati Roy, l’écrivaine indienne auteure du best-seller Le dieu des petits riens, qui combine une carrière littéraire exigeante, reconnue internationalement, et un inlassable activisme. Arhundati Roy milite contre la construction de grands barrages, s’engage contre l’exclusion des « intouchables », dénonce l’impérialisme militaire étatsunien et affiche son soutien (nuancé) à la guérilla naxalite active dans le nord de l’Inde. « Certains jours, je rêve d’avoir la même énergie qu’elle. C’est une femme magnifique, une vraie grande romancière et une écologiste rayonnante. Mais j’ai fait des choix différents. J’ai fait des enfants, je me suis installée quelque part. On ne peut pas être sur tous les fronts. »

Votre conscience écologique a éclos sur le tard. Pourquoi cette question vous a-t-elle longtemps semblé secondaire ?
En effet, c’est venu très tard chez moi. Cela fait seulement dix ans que j’y attache une grande importance. Dix ans, c’est peu dans une vie de soixante-cinq ans. Je rougis quand je songe à quel point j’ai été une victime consentante d’une sorte de décision néolibérale de réduire l’écologie à un petit thème négligeable. Je connaissais la lutte du Larzac, les grands rassemblements antinucléaires, la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle française, mais je ne me sentais pas concernée. Je crois que c’est parce cela me paraissait trop sain. Moi, j’étais très (...)

=> Lire l’intégralité de ce grand entretien dans notre magazine.

Photo : Guy Oberson

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