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édito


Lettre à ma fille
(qui ira voter
pour la première fois)


Julie Graux

Le 14 octobre prochain, tu auras « 18 ans accomplis », tu participeras donc à tes premières élections communales.
D’ici là, tu seras bombardée de conseils et d’opinions d’adultes plus ou moins bien inspirés : « C’est un droit acquis de haute lutte, fais-en bon usage », « De toute façon, ils sont tous pourris », « Vote pour des gens, pas pour un parti », « Elections, piège à cons ! », « Lis bien les programmes avant de choisir », « Tu as déjà vu le buzz du candidat machin ? »…
Vous en discuterez entre amis (ou pas). Tu prendras goût à la politique (peut-être). Tu te rendras aux urnes déterminée ou à reculons, pleine de convictions ou indécise. Et au final, tu seras seule dans l’isoloir pour poser, en secret, un acte solennel et personnel. Après quoi, additionné à tous les autres, ton bulletin pèsera de tout son poids dans la balance électorale.
Je croise les doigts pour que cette campagne ne se résume pas à un placardage d’affiches formatées, à quelques slogans creux ou à une succession de discours délavés ou d’un autre âge.
J’espère surtout que cette séquence démocratique ne ressemblera à aucune autre : qu’elle sera libératrice d’idées audacieuses, de visions locales fortes, de saines confrontations entre candidats investis, culottés, créatifs et intègres.
J’ai hâte aussi de voir comment ils parviendront à rendre la chose publique accessible, vivante, à la portée de toute ta génération, celle qui est née en 2000, à l’aube d’un siècle nouveau, et qui a grandi avec – dans le désordre – Facebook, le multiculturalisme, le réchauffement climatique, la crise financière, la montée des radicalismes, les plans d’austérité à répétition et l’Europe en déclin.
Tes amis et toi vous sentirez-vous des « citoyens » à part entière, jouissant d’un véritable « droit de cité » dans votre ville ou votre village ? Serez-vous suffisamment impliqués, associés, inspirés dans les débats qui vous concernent de près (l’aménagement urbain, la mobilité, la cohésion sociale, la propreté, l’économie locale, la vie des quartiers…) ?
Allez-vous prendre le temps de lire les programmes ou le marketing en ligne vous suffira-t-il ? Le langage politique traditionnel sonnera-t-il juste ou au contraire le trouverez-vous inaudible et dépassé ? Je me réjouis d’en débattre avec toi le moment venu.
Evidemment, je ne pourrai m’empêcher de recourir à cette bonne vieille méthode Coué sur le mode « voter, c’est tellement capital, ma grande », tout en pensant en mon for intérieur « ce système démocratique est obsolète, inefficace et tellement déconnecté de notre société en pleine mutation ».
Je te parlerai aussi de ces hommes et de ces femmes politiques qui malgré le désenchantement et la défiance, le poujadisme rampant et le dégagisme très tendance, continuent à s’impliquer, à prendre des risques et à défendre leurs idéaux. « Respect ! » nous dirait ta sœur.

Le bruit des trottoirs
Je te casserai une nouvelle fois les oreilles en t’invitant plus que jamais à t’informer sans œillères, à aiguiser ton esprit critique et à écouter le cœur de la ville qui débat et non pas les bruits et les mensonges qui fusent le long des trottoirs.
Je râlerai ouvertement contre cette ixième liste du « renouveau » occupée par les mêmes têtes depuis la nuit des temps ; contre ce parti qui a troqué son sigle traditionnel pour un label « citoyen » purement cosmétique ; contre ces tractations préélectorales et ces alliances contre-nature ou purement opportunistes ; contre la sous-représentation des minorités dans la campagne ; contre cette petite bande d’apparatchiks qui allaient soi-disant renverser les tables et qui ont fini par singer leurs aînés de manière tellement pathétique. Contre, contre, contre…
Au bout d’un temps, tu m’enverras paître, et tu auras bien raison. Tu en auras assez d’entendre parler de politique et tu voudras te décider en effectuant un choix simple ou cornélien, proche de celui de tes parents ou carrément aux antipodes. Et c’est très bien ainsi. Car dix-huit ans, c’est aussi l’âge légal de la majorité, celui où tu seras officiellement reconnue comme « pleinement capable et responsable ». Mais ça, c’est encore une autre affaire…
Pour l’heure, rendez-vous à la sortie des urnes le dimanche 14 octobre. Tu verras, parole de vieux con, c’est grisant de voter !

hugues.dorzee@ imagine-magazine.com

PS : n’oublie pas de prendre ta carte d’identité.

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