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édito


Jeune, verte et vivante


Julie Graux

« Je ne veux pas me dire “Je le savais et je n’ai rien fait. Maintenant, c’est trop tard.” » « Nous n’avons plus le choix de participer ou non à la lutte, nous sommes face à une urgence absolue. » « S’il reste une chance, même infime, d’éviter les catastrophes, il faut la saisir. »

A la veille de la COP24, ce sommet climatique qui se tiendra du 2 au 14 décembre à Katowice en Pologne, Imagine a pris le pouls de la génération climat : ces jeunes âgés entre 18 et 35 ans qui ont grandi avec Facebook et l’anthropocène, l’ubérisation de l’économie et le diktat des bourses financières, les rapports alarmants du Giec et Ryanair, la menace terroriste et le film Demain, conscientisés ou non, mobilisés ou pas, tous héritiers d’une même planète Terre dans un état critique.
Une jeunesse « libre et sauvage » pour paraphraser les rappeurs Snoop Dogg et Wiz Khalifa dans Young, Wild & Free, née à une époque d’état d’urgence permanent, où tout s’accélère : la destruction des écosystèmes, l’aggravation des inégalités, la transmission de l’information, le rythme de vie et des relations sociales, la société des algorithmes…

Mais cette génération n’a guère le choix : elle doit endosser l’héritage, aussi lourd soit-il.
Elle doit apprendre à vivre sur cette Terre que leurs aînés ont maltraitée, épuisée, asphyxiée. Vivre avec l’idée que l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle ne relève plus de la science-fiction : c’est désormais une perspective possible avérée scientifiquement.
Vivre et avancer, se projeter, reconstruire un monde nouveau, plus désirable, plus soutenable. En sachant que les mesures prises jusqu’ici sont largement insuffisantes, comme le rappellera encore avec force la société civile lors de la COP24.

Vigueur et créativité
Cette génération n’est évidemment pas uniforme, et son degré de conscientisation et de mobilisation est très variable. Elle évolue aussi, comme les adultes, avec ses contradictions et ses dilemmes : des désirs de (sur)consommation, une dépendance quasi viscérale aux nouvelles technologies particulièrement énergivores, un individualisme exacerbé face aux exigences d’un marché du travail inégalitaire et compétitif.

Mais elle a face à elle l’arrogance, le cynisme et l’irresponsabilité des puissants de ce monde. Et elle voudrait qu’on l’écoute, réellement, pas d’une oreille polie ou condescendante ; que sa voix soit prise en compte, car les décisions prises là, maintenant, conditionneront la société qu’elle devra affronter demain.

En attendant, chaque jour, d’un bout à l’autre du globe, elle démontre sa vigueur, sa créativité, sa détermination, loin des clichés d’une jeunesse passive, alanguie ou désengagée. Car cette « génération climat » n’a plus le luxe d’attendre que les solutions viennent d’en haut, que les structures classiques (partis, ONG, églises, syndicats…) lui dictent poliment la marche à suivre, alors elle agit. Localement et globalement. Individuellement et collectivement.

En se formant à des métiers d’avenir, en adoptant un mode de vie plus frugal, en créant des start-ups durables, en optant pour l’alteractivisme ou la désobéissance civile, en entrant dans une forme de radicalité nouvelle façon Deep Green Resistance qui en dit également long sur sa ténacité.

Cette jeunesse, c’est une voix, un cri, un imaginaire, mais aussi un sens des responsabilités et une soif de transformations. Elle est également porteuse de toutes ces solutions que préconisent avec beaucoup de cœur et d’à-propos Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle dans leur dernier livre Une autre fin du monde est possible (lire en p.98) : ne pas vivre dans le déni, garder espoir sans verser dans un optimisme béat, grandir et pacifier, aller de l’avant, retisser des liens avec l’homme et la nature…

Une jeunesse libre, verte et sauvage, avec laquelle il faudra non seulement compter, mais à qui il serait grand temps de céder le pouvoir.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

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