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Prendre le temps


Grand entretien

Philippe Van Parijs :
« La capacité humaine
à dialoguer, là réside l’espoir »

Pas de salut pour l’humanité sans modernisation de nos institutions démocratiques, prévient Philippe Van Parijs. Le philosophe avance plusieurs pistes concrètes, parfois dérangeantes. L’urgence climatique, ajoute-t-il, nous oblige à repenser avec lucidité les problèmes migratoires et démographiques. Rencontre avec un utopiste infatigable et inclassable.

Philippe Van Parijs aime se référer à Thomas More, le philosophe anglais qui a inventé le terme d’utopie. C’était en 1515. Envoyé à Bruges par le roi Henry VIII pour rencontrer les émissaires de Charles Quint, Thomas More met son déplacement à profit pour imaginer un récit qui se déroule sur l’île d’Utopia. Le livre sera publié l’année suivante à Louvain – là où, près de cinq siècles plus tard, Philippe Van Parijs a effectué l’essentiel de son parcours académique.

Ce sexagénaire érudit, iconoclaste, au franc-parler parfois déroutant, est l’un des plus grands intellectuels que compte la Belgique. Penseur incontournable de l’allocation universelle, passionné par les questions de justice (notamment dans des contextes multilingues), ce philosophe d’un abord toujours chaleureux se distingue aussi par sa fibre militante. Il a compté, au début des années 1980, parmi les pionniers de l’écologie. Avec Philippe Defeyt, il a rédigé le premier programme socioéconomique d’Ecolo. C’est aussi lui qui a tenu la plume lors de la déclaration de Péruwelz, en 1985, reprenant les principes fondamentaux du parti. Dans sa version finale, il appelait à « instaurer entre les hommes et les femmes, et entre les peuples, des relations moins mutilantes, plus sereines, plus fraternelles ».

Philippe Van Parijs, c’est aussi l’ami intime de Gerhardt Horst, alias André Gorz, l’un des principaux théoriciens de l’écologie politique. « Continuez », l’avait encouragé Gorz quelques années avant son décès. Alors il continue.

Dans son dernier livre (Belgium, une utopie pour notre temps), Philippe Van Parijs écrit : « Pour tous les habitants de ce bout de planète, il existe un destin possible bien plus enthousiasmant que la dystopie de la dislocation. A nous de le penser sans naïveté et de le réaliser sans faiblesse. » Ces lignes concernent le plat pays qui est le sien, mais elles résument toute la vision du monde d’un philosophe qui se veut à la fois intellectuel lucide et activiste inlassable.

Dans un article publié en 1990, vous engagez Ecolo à clarifier son projet, car les autres partis, assurez-vous alors, vont bientôt se saisir eux aussi de la question environnementale. Vingt-huit ans plus tard, votre prédiction laisse songeur : les dirigeants politiques ne se sont guère convertis à l’écologie.
Oui et non. La diffusion des problématiques environnementales dans les autres partis est énorme. Je viens de participer à une rencontre avec une soixantaine d’hommes d’affaires flamands, en présence d’Els Ampe, échevine libérale à la ville de Bruxelles. Ce qu’elle défend aujourd’hui, comme libérale, était impensable il y a dix ans encore. Els Ampe a d’ailleurs participé avec ses enfants à « Picnic the streets », la manifestation citoyenne qui a poussé les autorités bruxelloises à transformer en piétonnier les grands boulevards du centre-ville. Cela, au moment de la naissance d’Ecolo, c’était vraiment inimaginable. Suggérer de piétonniser la place de la Bourse aurait été perçu comme de la démence intégrale ! Même limiter l’usage des sacs en plastique était considéré comme un truc de farfelu.

Donc on progresse ?
En termes de diffusion des idées, c’est clair. Mais il reste un fossé entre ce qui est fait et ce qu’il faut faire. Même si la conscience écologique s’est massivement diffusée, en partie grâce à l’action des partis verts, nous ne sommes toujours pas équipés politiquement pour prendre les décisions nécessaires pour empêcher une catastrophe planétaire.

Les alertes n’ont pas manqué, pourtant. Il y a eu Le Printemps silencieux de Rachel Carson (1962), le rapport du club de Rome sur les limites de la croissance (1972), Tchernobyl (1986), la conférence de Rio (1992)… jusqu’à la démission de Nicolas Hulot en août dernier. Peut-on repenser à l’inaction qui a suivi cette succession d’épisodes sans être saisi d’effroi ?
Au moment du Printemps silencieux et du rapport du club de Rome, on ne percevait pas encore bien le changement climatique… Cette prise de conscience n’est venue que graduellement. Je me souviens des « midis de l’écologie » que j’organisais avec d’autres à Louvain-la-Neuve. Vers 1985, on avait invité l’éminent climatologue André Berger, l’un des premiers en Belgique à avoir mis en évidence la gravité du changement climatique : non, ce n’était pas un phénomène passager. Mais de manière un peu embarrassante, sa démonstration conduisait à un plaidoyer pour l’énergie nucléaire.

Pourquoi l’urgence climatique ne suscite-t-elle pas un sursaut plus net ?
Si quelques technocrates bien intentionnés pouvaient prendre les décisions nécessaires pour l’ensemble de la Terre, on y serait en un clin d’œil. Mais voilà, il y a quelque chose qui s’appelle la démocratie… Il est beaucoup plus facile de (...)

=> Lire l’intégralité de ce grand entretien (7 pages) dans notre magazine.

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