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Prendre le temps


Réflexion

« Une autre fin du monde est possible »

La suite de Comment tout peut s’effondrer se lit comme un manuel de combat pour se préparer aux catastrophes climatiques. C’est limpide et nourrissant.

Après avoir démontré, faits et chiffres à l’appui, comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle nous reviennent avec un petit traité pour « vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) » qui aborde avec cœur et rigueur une question cruciale, mais trop peu abordée dans la littérature scientifique et dans les médias mainstream : comment se préparer psychologiquement aux changements climatiques et aux grandes catastrophes à venir ? Comment en substance « apprendre à vivre avec » ?

Ce livre se présente comme « un immense potager sauvage » dans lequel le lecteur peut aller puiser à sa guise.
Il n’y a ni certitudes, ni solutions clé sur porte, et nos trois chercheurs restent fidèles à leur ligne : un savoir scientifique décloisonné et systémique, des pistes audacieuses, une grande ouverture d’esprit et une méfiance vis à vis des clichés et des caricatures qui « servent surtout à discréditer : survivaliste, bisounours, bobo, facho, gaucho, new age, mystique, etc. »

Leur ouvrage se décline en trois temps que l’on pourrait résumer en trois verbes : encaisser, rebondir et recréer. Dans la première partie, ils font la part belle aux émotions pré et post-catastrophe (la peur, la tristesse, la colère, l’impuissance, le déni…), en explorant quelques pistes pour se dépatouiller avec celles-ci : cesser de réprimer ses affects négatifs, vivre entre vérité et lucidité, apprendre à « danser avec les ombres »…
Qu’on ne s’y méprenne pas : ici, on est à mille lieues de la psychologie de comptoir. Dans ce traité Vivre l’effondrement, les chercheurs interrogent avec méthode et rigueur la notion d’espoir, confrontent le couple optimisme/pessimisme et s’appuient sur des études scientifiques et des cas concrets : la victime du tremblement de terre en état de stress post-traumatique, la climatologue qui, rapport après rapport, plonge dans la « dépression professionnelle », l’agriculteur australien face au désert qui progresse, l’Inuit empêché de pêcher à cause de la fonte des glaces… Avant de ramener l’effondrement à une maladie incurable que le médecin doit annoncer à son patient : de l’art de donner et de revoir les mauvaises nouvelles, entre empathie, honnêteté, clarté et pédagogie.

Dans la deuxième partie, les auteurs proposent trois pistes pour changer notre manière de penser le monde : une science climatique ouverte et transdisciplinaire, capable d’appréhender une réalité à venir qui sera très certainement « aléatoire, erratique, floue et imprévisible », une ouverture vers d’autres cultures et d’autres modes de pensée, en puisant dans l’animisme, le totémisme, le naturalisme, les luttes indigènes, les ZAD… , et enfin la création d’autres récits communs et collectifs pour « reconquérir le futur ».

Enfin, dans la dernière partie, consacrée stricto sensu à la collapsolophie, nos trois scientifiques explorent de nouvelles voies pour « réparer le tissu déchiré du monde », comme l’appelle le philosophe Abdennour Bidar.

Face au capitalisme débridé, au diktat des sciences et des techniques, au matérialisme destructeur, ils préconisent de renouer avec trois types de liens : le lien à soi, aux autres et à la nature. Et en proposent un quatrième : le « rapport à ce qui nous dépasse ».

Un sentier non-balisé
Au terme de ce voyage en 323 pages, on ressort nourri, bousculé, apaisé, mais jamais indifférent.
Après le grand déluge décrit avec force et minutie de Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne et ses comparses offrent à tous les lecteurs désemparés ou démunis (« comment allons- nous vivre avec ça ? ») un véritable manuel de combat.
Il est plus intérieur que politique, avec quelques petits passages trop irrationnels à notre goût, mais il a le mérite d’être limpide, honnête et audacieux.

Ce livre offre à chacun — survivalistes, adeptes du positivisme, porteurs d’initiatives en transition, résistants radicaux ou simples citoyens en alerte — un sentier non-balisé à emprunter ensemble pour « arrêter de dévaler la pente de cette modernité délétère  », comme le dénonce le philosophe Dominique Bourg dans la préface. Ou, comme le suggère le réalisateur Cyril Dion dans la postface, recréer « une organisation humaine qui ne fasse pas de la prédation, de la compétition et de l’asservissement des valeurs cardinales, mais qui place la coopération, le partage, l’intelligence, l’interdépendance avec le reste du vivant au centre des institutions. »

Hugues Dorzée

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