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Agir


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Saignant, rosé, à point.

Ce que nous mangeons est au carrefour de l’intime, du biologique et du social. Quoi de plus intime que ce que nous mettons en bouche ? Quoi de plus vital que ce qui nous nourrit ou nous empoisonne ? Quoi de plus particulier et de plus universel qu’un plat cuisiné et partagé ?
Tous les voyageurs le savent : ces parfums, ces épices, ces condiments, ces goûts, ces couleurs et ces textures se confondent souvent avec le souvenir même que nous avons d’une ville.
Mais la nourriture ne fait pas que nous rassembler : elle nous sépare aussi parfois.
Les tabous alimentaires, édictés ou non par une religion, participent à la fabrication de cette invisible ligne de démarcation entre « eux » et « nous » – aussi sûrement que les tatouages faciaux des Maoris et les scarifications corporelles des Aborigènes. Comme beaucoup d’entre nous, au gré des modes, des lectures savantes et des injonctions pondérales, j’ai peu à peu modifié ce que je mettais dans mon assiette.
En trente ans, je dois avoir perdu 185 kilos dans des régimes amaigrissants. En Occident, on est toujours trop gros.
Puis, j’ai lentement appris à résister à la malbouffe.
Je ne dois pas être le seul. Il y a aujourd’hui cinq épiceries « bio » dans mon quartier. Il n’y en avait aucune il y a dix ans.
Sur ma feuille de route, je connais déjà la prochaine étape : « je mange trop de viande ». En particulier, trop de viande industrielle.
Intellectuellement, je le sais. Mais mon ventre l’ignore parfois.
Toute la gastronomie française ne se décline-t-elle pas autour d’une viande ou d’un poisson en sauce ?
Et à Liège, je ferais bien une semaine complète de jeûne pour trois boulets, frites, sauce lapin.
Aujourd’hui, notre rapport aux animaux s’est pourtant profondément modifié.
Il y a un demi-siècle, à la campagne, Mémé pouvait, sans état d’âme, plumer un poulet ou écorcher un lapin deux heures avant le repas dominical.
A présent, nos chiens et nos chats font partie de la famille. Pas du menu.
Ils nous fourguent de la tendresse. Pas des calories.
En ville, nous voulons mâcher la viande sans voir saigner la bête.
Si les actions de choc des commandos végans m’ont sensibilisé à la souffrance des élevages et des abattoirs industriels, je reste pourtant globalement hermétique aux arguments « moraux » des végétaliens.
Fils d’une biologiste et d’un botaniste, j’ai toujours été sensible à notre rapport à la nature. Or la règle, dans le monde animal, c’est plutôt de se bouffer universellement les uns les autres. J’attends moi-même les vers et les asticots de pied ferme.
A côté des herbivores, de très nombreuses espèces d’insectes, d’araignées, de poissons, de batraciens, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères se nourrissent donc de protéines animales. C’est comme ça. Les cigognes, les serpents et les lions ne bouffent pas des trèfles et des navets.
Nous, les Homo Sapiens, avons été, pendant des centaines de milliers d’années, des chasseurs cueilleurs nomades. Cela nous a biologiquement et morphologiquement façonnés. Quelques millénaires d’élevage et d’agriculture ont complété le tableau. Tout notre appareil digestif vient de là. Nous sommes … (h)omnivores.
Comme les sangliers, les cochons et les fromages belges : on mange « un peu de tout ». Cela ne fait pas de nous une espèce à part.
Cela fait de nous, au contraire, une espèce comme les autres.
Cet opportunisme alimentaire nous a permis de nous adapter à tous les climats, toutes les géographies.
L’alimentation des Eskimos, par exemple, est presque uniquement carnée (phoques et poissons).
Chez les Hindous, au contraire, plus de la moitié de la population est végétarienne.
Cela a-t-il un sens de hiérarchiser moralement ces deux civilisations ?
Je ne le pense pas. Après tout, Hitler était végétarien.
Le grand Cavanna, qui rêvait de concilier son extrême sensibilité à la souffrance animale avec son extrême appétence pour le saucisson sec, rêvait que nous puissions un jour « faire pousser » des protéines animales sur un substrat nourricier. Why not ?
Notre opportunisme alimentaire conduira-t-il demain l’Humanité à privilégier une alimentation principalement végétarienne ?
Il y a de bonnes raisons pour ça.
En attendant, la vache est-elle plus morale que le loup et le cochon  ?

Photo : cc Gilles Péris y Saborit

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