Dossier

Climat :
se mettre à l’œuvre,
maintenant

Après les manifestations massives de ces derniers mois, notamment celles portées par les jeunes pour le climat, l’appel des scientifiques et des universités, la mobilisation active des associations, les prises de position de certains entrepreneurs, une brèche semble s’ouvrir. Désormais, il faut agir. Là maintenant. En signant un changement de cap radical et en empruntant le chemin d’une réduction drastique de nos émissions de gaz à effet de serre. Car la Belgique est loin, très loin du compte. A la veille des élections, Imagine a consulté différents experts, croisé les modèles existants, examiné les mesures urgentes à prendre. Voici la synthèse de cette nécessaire mise en œuvre.

‘‘La prise de conscience de notre impact sur le climat reste encore trop superficielle, alerte Marc Depoortere, le directeur du Conseil fédéral du développement durable. La classe politique et les acteurs économiques sont convaincus que l’on trouvera bien une solution mais sans remettre véritablement en cause notre modèle global. Ce mode de pensée nous empêche de ressentir le sentiment d’urgence nécessaire pour faire face à tous ces défis qui, si nous ne les relevons pas, peuvent conduire à la fin de notre civilisation. »

Aujourd’hui, un large mouvement est en marche : de plus en plus de citoyens, de scientifiques, d’élus, de chefs d’entreprises sont prêts à avancer et à agir. Encore faut-il s’accorder sur la route à emprunter, les objectifs concrets à atteindre, les mesures adéquates et efficaces à mettre en œuvre. « Pour certains, c’est comme une situation de guerre : tous les moyens humains, économiques, politiques… à notre disposition doivent être mobilisés. Mais nous avons aussi besoin d’un projet collectif », insiste Marc Depoortere.

Aujourd’hui, celui-ci fait encore défaut. La crise est globale, en réseau, interconnectée (dérèglements climatiques, perte de biodiversité, explosion des inégalités, migrations forcées…). L’ampleur de la tâche est immense (réduire drastiquement les émissions de CO2, affronter la fin des énergies fossiles, produire moins et mieux…). Les freins sont à la fois politiques, institutionnels, économiques, individuels (intérêts privés et financiers, déni, conservatismes, poids des « marchands de doute »…). On connaît encore mal les risques à venir. Et, bout du compte, les changements proposés sont non seulement trop faibles, mais inadéquats et trop segmentés. « Une approche systémique est indispensable, confirme Etienne Hannon, attaché au service changements climatiques du SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement. Car pour sortir de l’industrie fossile, il va falloir entreprendre une véritable révolution industrielle. C’est pourquoi c’est si difficile à mettre en œuvre. »

Pour débuter ce dossier, voici les quatre grandes questions préalables qu’il est nécessaire de se poser.

1. Quel est l’objectif à atteindre ? Limiter le réchauffement à 1,5°, 2° ? Atteindre le zéro émissions de CO2 ?
« Un objectif exprimé en degrés a le mérite de refléter les impacts que nous voulons éviter  », plaide le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’UCLouvain et exvice- président du GIEC, le Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Or, à ce niveau, les différences d’impact sont très fortes et chaque dixième de degré a son importance. « Il est complètement criminel de ne pas viser les 1,5° et ce sans prévoir de dépassement temporaire, estime pour sa part Brigitte Gloire, formatrice sur les thématiques environnement et développement durable, ancienne chargée des enjeux climat chez Oxfam. Sans quoi, c’est un pari sur l’avenir tout à fait irresponsable. »

La limite fixée par le GIEC qui consiste à « poursuivre les efforts pour ne pas dépasser 1,5°, et rester bien en dessous des 2° » serait encore atteignable. « Ce qui manque, c’est la volonté de rendre politiquement possible ce qui est géo-physiquement possible », déplore Jean-Pascal van Ypersele.

Réaliste ou pas, il y a pourtant un seul seuil à atteindre : ne plus émettre de CO2. « Nous ne contrôlons pas la température, alors autant viser le zéro émissions, défend Cédric Chevalier, d’Urgence Environnement. Elles devront plafonner en 2020 et puis diminuer jusqu’à devenir nulles ou entièrement compensées. A partir de là, définissons notre budget d’émissions, répartissons- le par poste, par secteur, et ce sera beaucoup plus concret. »

Mais comme le rappelle Vincent Van Steenberghe, expert politique climatique du SPF Environnement, la Belgique est historiquement un gros émetteur de carbone, avec une moyenne par habitant largement au-dessus de la moyenne mondiale : « Si nous regardons notre budget carbone, nous devons aller très très vite. »

Aujourd’hui, nous sommes encore loin du compte : « Depuis le début des années 1990, quand le changement climatique est devenu un problème politique, les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé de (...)

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