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Apprendre


Publié dans notre magazine n°133 - mai & juin 2019

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

La peau de l’ours blanc


cc Valerie

A qui aime les paradoxes, notre opaque époque offre quotidiennement son lot d’énigmes.
Sur le diagnostic, tout le monde semble pourtant aujourd’hui d’accord. Les lycéens des manifs « climat  », les abeilles et les ours polaires, les théoriciens de l’effondrement et les spécialistes de la NASA.
Nos sociétés foncent droit dans le mur.
Les courbes de croissance du monde thermo-industriel sont incompatibles avec les ressources limitées de la planète.
Incompatibles.
Nos modes de production ont déjà fait disparaître des centaines d’espèces animales : la sixième grande extinction est amorcée.
Et le réchauffement climatique, avec ses prévisibles catastrophes en cascades, menace l’existence même de pays entiers.
Or, que se passe-t-il ? Concrètement, que se passe-t-il ? Rien.
Nous continuons opiniâtrement, consciencieusement, frénétiquement, à scier la branche sur laquelle nous sommes assis.
Enfin, quand je dis « nous », c’est une façon de parler. Ni vous, sans doute. Ni moi. Mais ceux qui nous gouvernent, oui, oui.
Ainsi, pour limiter le réchauffement climatique à deux petits degrés, faudrait-il d’urgence mobiliser toutes les ressources des états, contraindre par la loi toutes les grandes entreprises, et orienter massivement les capitaux vers la transition écologique.
Mais cela semble impossible.
Car les Etats nationaux, dépossédés de leurs droits régaliens, ont vu leurs parlements démonétisés et leurs services publics démantelés.
Car les multinationales ont inventé des « tribunaux privés » internationaux pour échapper aux lois communes des Etats.
Car la fraude fiscale et les paradis fiscaux ont été sanctuarisés au cœur de l’Europe par ceux-là mêmes qui prétendaient les combattre.
Or comment un gouvernement pourrait-il « agir pour le climat », s’il n’a ni les outils, ni la volonté, ni l’argent pour le faire ?
Face à la catastrophe climatique annoncée, certains évoquent désormais « l’état de sidération ». Cette paralysante hébétude qui nous saisirait face aux situations inextricables. Cette impossibilité à penser notre propre anéantissement.

Le scorpion de la fable
Nous connaissons tous cette ruse de l’esprit. Nous savons par exemple tous que nous allons mourir. Mais la plupart du temps, nous vivons comme si nous étions éternels.
Comme si ce tsunami, à l’horizon, n’était qu’un spot de surf en diaporama.
Je me méfie pourtant d’une explication psychologisante qui nous exonèrerait de nos propres responsabilités.
Je crois plutôt que, comme les dignitaires nazis dans leur bunker berlinois, les tauliers du système préfèrent aujourd’hui mourir avec lui que de renoncer au pouvoir, à l’argent, et au pouvoir de l’argent.
Comme le scorpion de la fable, absurdement noyé en piquant la grenouille qui lui fait traverser le fleuve, mais qui est incapable de faire autrement. C’est dans sa nature de scorpion.
Or si nous voulons sauver notre peau, et celle des ours (blancs) par la même occasion, il nous faudra pourtant d’urgence inventer d’autres logiques, d’autres priorités, d’autres alliances, d’autres stratégies.
Sur ce terrain-là, sur ce terrain-là surtout, les écologistes devraient donc être partout en première ligne.
Or paradoxalement, ces temps-ci, on en trouve toujours deux ou trois pour dîner à la table de nos empoisonneurs.
C’est qu’en cinquante ans, pour le meilleur et pour le pire, l’écologie politique s’est notablement notabilisée.
Aux militants en sandales et aux barbus utopistes des années septante, en rupture avec le capitalisme et le productivisme, ont succédé des professionnels de la politique qui, de l’extrême-gauche à la droite cravatée, incarnent aujourd’hui toutes les figures du Kamasutra partidaire.
Si les ONG, les associations, les zadistes et les militants locaux continuent à faire vivre cet héritage militant, d’autres, surtout en France, négocient périodiquement leurs ronds de serviette dans des gouvernements productivistes et boursiers.
Pour ces caïmans de l’écologie (verts dehors, bleus dedans, grande gueule, petits bras et portefeuille en croco), la Macronie est ainsi devenue le dernier marigot où l’on peut, avant d’y batifoler, s’essuyer les palmes sur la peau de l’ours blanc.

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