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Apprendre


Publié dans notre magazine n°135 - septembre & octobre 2019

Du Nord au Sud. Et à l’envers

Les soutiers du web

Des centaines de milliers d’internautes réalisent de petites tâches sur des plateformes spécialisées qui leur versent quelques cents en contrepartie, bien en dessous du salaire minimum. Les syndicats observent avec circonspection le succès de ce « microtravail » ingrat qui renforce par ailleurs les inégalités Nord-Sud.


D.R.

Ils se font un peu d’argent en tapotant sur leur smartphone ou leur PC dans la salle d’attente du médecin, à l’arrêt de bus, entre deux activités à la maison. Ce sont les adeptes du « microtravail », ces petites tâches numériques qui durent parfois quelques secondes et qui sont proposées via des plateformes spécialisées.

« L’internaute se connecte sur un site et voit défiler diverses propositions. Ces tâches sont présentées comme une façon d’optimiser les temps morts durant la journée, explique Pauline Barraud de Lagerie, chercheuse à Paris-Dauphine qui a mené une enquête sur ces nouvelles pratiques du web. Ici, il devra repérer des objets sur une image. Cette tâche est rémunérée 3 centimes les cinq photos. Là-bas, il s’agira de rédiger en cent-cinquante mots une description de produits, souvent des jouets, et c’est payé 20 centimes. Plus loin, on demandera de retranscrire numériquement un formulaire rédigé à la main. Cette tâche rapporte 3 centimes, précise la chercheuse. Comme il faut environ une minute par formulaire, la rémunération est estimée à 1,8 euro de l’heure. »

Ce « microtravail » est souvent insignifiant, mal rémunéré et ne constitue pas un métier en soi.
C’est Amazon qui a été parmi les premiers à le tester : en 2000, le géant de la distribution avait besoin de l’ « aide » d’internautes pour supprimer les nombreux doublons qui apparaissaient dans son catalogue. En exploitant les compétences humaines, il voulait également améliorer les descriptions de produits rédigées par des robots et truffées d’erreurs.

Avec une certaine ironie, Amazon avait baptisé sa plateforme « Mechanical Turk » en référence au faux automate qui fit sensation dans les foires au 18ème siècle. Ce « Turc mécanique » de l’époque était censé jouer de lui-même aux échecs alors qu’il était manipulé par un homme caché sous la table de jeu. La multinationale américaine reconnaît ainsi confier à des humains des tâches simples qui devraient normalement revenir aux algorithmes et à l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, une multitude de plateformes sont apparues dans plusieurs pays industriels : Microworkers aux Etats-Unis, Prolific au Royaume-Uni, Clickworker en Allemagne, Full Factory en France, pour ne citer que les plus connus. Ces sites sont alimentés par des entreprises désireuses (...)

=> Lire l’intégralité de cet article dans notre magazine.

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