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Agir


Publié dans notre magazine n°136 - novembre & décembre 2019

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Stress, tresse
et détresse


stephane_p

Je ne sais si l’action de Greta Thunberg fera baisser d’un dixième de degré la température de la Terre, mais elle est en bonne voie de devenir notre nouveau « conomètre » : l’infaillible détecteur de vieux/vieilles con.ne.s.
Victime d’un spectaculaire Greta Bashing, la Fifi Brindacier des gilets jeunes, icône un peu taiseuse mais sympa de la lutte de la jeunesse contre le réchauffement climatique, se retrouve brusquement clouée au pilori médiatique.
Depuis son discours à l’ONU, et son célèbre « Comment osez-vous ? », elle est la cible des éditocrates et des « experts » qui, en France, nourrissent les chaînes dites « d’information » [1].
« Tous les enfants ont du génie, sauf Greta Thunberg », ose Jérôme Béglé (Le Point). Le très réac Ivan Rioufol (Le Figaro) réclame son point Godwin : «  Ça nous rappelle quelque chose quand on a connu le communisme et le nazisme. Je vous mets en garde contre son idéologie totalitaire  ». « Elle me fait peur », confirme Alexis Brézet (Le Figaro). « Visage de cyborg, poupée de silicone… », nietzschifie le philosophe Michel Onfray.
A jets continus, Vincent Hervouët (LCI), Christophe Barbier (Le Point), Benjamin Morel (CNews), Jean-Michel Apathie et Alain Finkielkraut (hors concours…) se repassent les mêmes éléments de langage : « fanatique », « tyran de seize ans », « terrifiant », « stupide », « vestale fiévreuse », « On a connu ça, les gardes rouges qui dénonçaient leurs parents. Là, on a les gardes verts ». Brrrr….
Tant de méchanceté et de bêtise, venant de gens qui font profession d’intelligence, d’analyse et de mesure, me troue littéralement le cul.
Mais il y a pire.
Sur BFMTV, le docteur Laurent Alexandre s’indigne : « Sa famille a fait de son dossier psychiatrique un bouclier. Personne n’ose l’attaquer  ». Il trouve ça « dégueulasse ». Euh… Vraiment, vraiment, personne ?
Moi, ce que je trouve vraiment dégueulasse, docteur, c’est que vous ayez cru bon de participer, comme orateur, à l’Université d’été 2019 du Rassemblement National. Ou encore, que vous préconisiez la multiplication des centrales nucléaires comme seule « solution » à la crise climatique. Passons.
Car le fondateur de Doctissimo fait ici finement allusion au fait que Greta Thunberg est diagnostiquée asperger – cette forme très particulière d’autisme.
Or, comme les savoureuses chroniques de Josef Schovanec nous le rappellent chaque semaine à la RTBF, de son phrasé inimitable, asperger n’est pas une variante du crétinisme. Josef est lui-même asperger, et cela n’altère visiblement ni son intelligence, ni son sens de la nuance, ni sa force d’expression.
En avril 2019, déjà, le psychiatre Marc Reisinger avait pris deux fois l’avion pour Stockholm… pour ne pas interviewer Greta. Ce qui ne l’avait pas empêché, au terme d’un article gentiment paranoïaque (« Elle ôte son bonnet. C’est un signal »), d’asséner ce diagnostic abrupt : « Une petite fille éteinte, sans passion, manipulée par des gens inquiétants, une enfant sous terreur » (Causeur.fr). Merci docteur.
Cerise sur le cheese-cake, certains l’accusent aujourd’hui, y compris dans la mouvance écologiste, d’être le perroquet du capitalisme vert — ces odieux patrons qui investissent dans la transition écologique plutôt que dans les énergies carbonées [2]. Or ce tir groupé intervient au moment même où les scientifiques du GIEC ont revu à la hausse les prévisions catastrophiques du réchauffement climatique.
La montée des océans pourrait désormais dépasser le mètre à l’horizon 2100. C’est à dire demain.
Pour ma part, je n’ai jamais demandé à Greta Thunberg de penser, de parler ou d’agir à ma place. Elle a été et reste une formidable lanceuse d’alerte. Et si chacun de nous en faisait le tiers du quart du dixième, la Terre s’en porterait certainement mieux.
Mais c’est la malédiction de Cassandre : on tue la messagère à défaut d’entendre le message. Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Et, pour rester poli, se le fout dans l’œil.

Claude Semal

[1Samuel Gontier, avec son ironie habituelle, a rassemblé cet affligeant florilège dans Télérama  : « Haro sur Greta Thunberg, la démoniaque vestale hitlero-maoïste ».

[2Sur le site Reporterre.net, lire la chronique à charge d’Isabelle Attard (9/2/2019) et la réponse de Greta Thunberg (13/2/2019).

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