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Publié dans notre magazine n°137 - janvier-février 2020

Prospective

Mathilde Szuba :
« En situation de pénurie, le rationnement protège les plus faibles »

Le changement climatique et la diminution des ressources obligent les sociétés à s’adapter à la rareté. Ces phénomènes exacerbent les tensions sociales, car ils touchent d’abord les personnes les plus précaires. Face à l’effort climatique à réaliser et afin de répartir la contrainte de manière équitable, la chercheuse en sociologie de l’environnement Mathilde Szuba propose de créer une « carte carbone » et d’envisager des politiques de rationnement.

Dans un texte publié en 2017, Le rationnement, outil convivial [1], vous écrivez que le rationnement « permet de répartir la contrainte de manière équitable ». Pouvez-vous expliquer ?
Le rationnement est une mesure de politique publique par laquelle un groupe prend la décision d’organiser entre ses membres la répartition équitable d’une ressource qui n’existe qu’en quantités limitées. En temps habituels, c’est par le jeu du marché et l’addition de décisions individuelles que se fait cette répartition. Mais en temps de crise ou de pénurie, le groupe peut décider qu’il existe un intérêt collectif à ne pas laisser faire la libre concurrence et va alors limiter la surconsommation, ce qui permettra en contrepartie de garantir à tous un accès minimum à cette ressource. Rationner revient ainsi à réguler la distribution d’une ressource rare de manière à ce que chacun puisse en avoir une part. Mais cela suppose d’aller à l’encontre de la liberté de consommer ce que l’on veut du moment qu’on a de quoi se le payer.

De nombreux Etats ont eu recours au rationnement, surtout par temps de guerre...
Il est toujours délicat de parler de rationnement en France ou en Belgique, dans des pays où la dernière expérience en la matière remonte à la Seconde Guerre mondiale, pendant l’Occupation. Ce rationnement qui fait partie de l’histoire collective et dont on garde la mémoire fut particulièrement difficile à vivre et considéré comme illégitime. Mais si l’on se focalise seulement sur ces exemples, on oublie beaucoup d’autres expériences de rationnement, bien moins impopulaires.
Ainsi, parce que des produits de première nécessité comme le charbon ou la nourriture devenaient rares et inabordables, le rationnement a été réclamé par les Parisiens lors de la Commune et pendant la Première Guerre mondiale.
Dans les années 1940, au Royaume-Uni, le rationnement a été mis en place dès la déclaration de guerre et a permis à la population de tenir face au blocus allemand qui empêchait les bateaux de ravitailler le pays : dans le récit national, on s’en souvient comme d’une expérience dure mais positive, un outil de résistance. Et il faut également rappeler que, dans certains pays, des systèmes de quotas ont été organisés en temps de paix et en contexte démocratique. Ainsi, le choc pétrolier de 1973 a conduit le Royaume-Uni et les Pays-Bas à rationner le pétrole.

Pourquoi nos sociétés devraient-elles reconsidérer cet outil aujourd’hui ?
Nous ne sommes pas face à une pénurie des ressources, bien que cela puisse changer rapidement. En revanche, notre marge de manœuvre pour empêcher que (...)

=> Lire l’intégralité de cet article dans notre magazine.

Photo : Benjamin Laks

[1Szuba, Mathilde : « Chapitre 4 - Le rationnement, outil convivial », Agnès Sinaï (éd.), Gouverner la décroissance. Politiques de l’Anthropocène III. Presses de Sciences Po, 2017, pp. 95-118.

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