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Apprendre


Publié dans notre magazine n°137 - janvier & février 2020

Climat voices. Episode 3

La Tunisie en état
de stress hydrique

La Tunisie a soif dans le Sud et boit la tasse dans le Nord. Percutée par le dérèglement climatique, la jeune démocratie se bat pour maintenir les populations dans les régions rurales et améliorer le sort des femmes. Peu cité dans les programmes publics et politiques, « l‘état du climat » est pourtant sur toutes les lèvres.


Christophe Schoune

Sous le soleil couchant, l’ocre rougeoyant des collines de l’oued Sbayhia donne à la montagne l’apparence d’une grande dune. Voilà plusieurs années que l’aridité croissante a érodé des terres jadis fertiles, que les troupeaux ont élimé les pâturages jusqu’à la racine et que les forêts ont été ratiboisées dans ces vallées proches de Zaghouan, à 60 kilomètres au Sud de Tunis. Ici comme ailleurs dans les zones rurales, des femmes ont choisi de se battre pour maintenir une activité autour de ces terres séculaires. Des parcelles délaissées par les plus jeunes générations aimantées par les lumières de la ville. En face d’une école primaire, fermée en raison du nombre trop peu élevé d’enfants, le groupement Féminin de développement agricole (GFDA) anime le village avec ses moyens de fortune. Présidente de ce groupement, Aida Aguil nous y reçoit après une journée au champ. Dans la pénombre de la distillerie, une étagère laisse entrevoir dans un joyeux désordre un savoir-faire ancestral : flacons d’huiles essentielles, de plantes aromatiques, médicinales, recettes à base d’huile d’olive, tisanes dépuratives…

« Nous les vendons sur les marchés et les foires, concède Aida. Le blé Mahmoudi, qui permet de préparer le couscous, est la denrée que nous vendons le mieux. C’est une variété spécifique de cette région et c’est aussi celle qui résiste le mieux aux changements climatiques. Au départ de ce blé, on fait du ‘‘Boghel’’, blé concassé pour faire la soupe et du ‘‘Bssissa’’, un concentré de blé, de pois chiches et de plantes aromatiques… »

Il n’aura pas fallu cinq minutes à Aida pour aborder le facteur qui accélère les bouleversements en cours sur le territoire tunisien. « Avant, la pluie était abondante dans cette partie du pays, note-t-elle. On avait de bonnes récoltes sans fertiliser les sols. Ce n’est plus le cas depuis plusieurs années. Nous connaissons désormais la sécheresse et des pluies très irrégulières. C’est en partie pour cela que nous sommes contraints de cultiver de moins en moins de céréales et de remplacer ces cultures par des oliviers. Ceux-ci sont plus résistants, donnent de meilleurs rendements et demandent moins de travail aux paysans. »

Sur les hauteurs de son village où elle nous emmène, Aida pointe les nouvelles lignes de plantations d’oliviers qui s’étendent vers l’horizon. Ce nouvel eldorado pour l’économie rurale tunisienne parviendra-t-il à ramener les jeunes au village ? « On aimerait le croire, concède avec gravité Selem Jibril, 73 ans, sous ses plantations d’oliviers. Les jeunes ont (...)

=> Lire l’intégralité de ce reportage de 6 pages dans notre magazine.

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