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Agir


Publié dans notre magazine n°137 - janvier & février 2020

LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Transports
et retraites

Le mariage de l’iPhone et de Facebook nourrit presque quotidiennement, sur le fil de mon actu, le désolant feuilleton des transports en commun wallon. Les navetteurs et les navetteuses s’exaspèrent.
Pierre Eyben, de Liège : « Retour au boulot ce matin. Train en panne, rendez-vous professionnel loupé. Train en panne ce soir, rendez-vous santé loupé. Certains plaisirs sont immuables avec la SNCB » (le 4/11).
Un anonyme (le 15/11) : « Ottignies-Seneffe, 1h50 en bus TEC. Vingt minutes de moins qu’à vélo ! ».
Sur la ligne La Louvière-Bruxelles, particulièrement chaotique, Anne Löwenthal s’épuise : « Deux heures pour rentrer hier, avec des trains tellement bondés qu’il est impossible d’y lire ou d’y travailler. 2h15 ce matin, avec un train bloqué gare du Midi » (le 20/11). Le lendemain, elle craque : « Voilà, je n’en peux plus. Je ne sais pas comment font ceux et celles qui n’ont pas de bagnoles pour ne pas tout péter ou sombrer dans la dépression » (le 21/11).
Son fils, lui, a pris trois heures pour aller de La Louvière à Liège ! Anne est retournée (provisoirement) à sa voiture : « C’était ça ou tout casser. Mais la SNCB n’a pas besoin de moi pour ça ».
Car cette casse ferroviaire a été de longue main programmée. La libéralisation du rail, imposée par l’Europe, a abouti en 2005 à la séparation entre la SNCB (transport des gens et des personnes) et Infrabel (gestion de l’infrastructure). Depuis, ils se repassent la patate chaude des entretiens et des réparations. L’investissement public est passé de 5% du PIB dans les années 1970-80, à un peu plus de 2 % aujourd’hui. Et les travailleurs du rail sont tombés dans le même temps de 66 914 agents en 1981 à 33 466 en 2016 [1].
Moins de pognon, moins de personnel, moins de services : comment les trains pourraient-il rouler mieux ? Avant d’être un « choix individuel », comme on nous le rabâche trop souvent, le choix d’un moyen de transport est d’abord déterminé par la qualité et les défauts de nos infrastructures collectives. Et donc par les politiques qui les ont (ou non) inspirées.

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Odile Maurin n’a pas vraiment choisi son moyen de transport. La présidente de Handi-Social, figure locale des gilets jaunes toulousains, vit et manifeste en fauteuil roulant. Le jour de la St Nicolas, elle a été jugée pour « violence avec arme » pour une manif printanière des gilets jaunes.
Son « arme » ? Son fauteuil roulant ! Accusée d’avoir blessé deux policiers, elle a ainsi été condamnée à deux mois de prison avec sursis et à un an d’interdiction de manifester. Or les vidéos de l’incident montrent que c’est un autre policier qui, pour déplacer l’engin, s’est emparé de son « joystick » et, dans la confusion, a lui-même précipité la charrette sur ses collègues. Odile Maurin souffre d’ailleurs elle-même de cinq fractures au pied. Elle pourra peut-être les soigner en prison, puisqu’elle a affirmé, malgré ce jugement hémiplégique, vouloir continuer à librement manifester. Décidément, dans la République des Vingt-Quatre éborgnés [2], la Justice se surpasse. Il lui reste à embastiller les aveugles qui agressent les pandores à coups de cannes blanches.

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Ce qu’on appelle en Belgique « la pension » s’appelle en France « la retraite » (ce qui a un délicieux petit parfum de défaite napoléonienne). Sa réforme, qui vise à remplacer l’actuel système par un système « à point », a mis toute la France du travail dans la rue. Le macronisme a-t-il rencontré là sa limite sociologique ? C’est que les pauvres et les pensionnés sont nombreux, les bougres !
Et non, l’allongement de la vie ne rend pas « nécessaire » de reculer l’âge de la pension. L’informatisation et la mécanisation de la production impliquent au contraire de poursuivre la diminution du temps de travail.
J’ai lu sur une pancarte, dans les cortèges syndicaux, cet anagramme poétique : « la République en marche = le banquier m’épluchera ». Après la peau, la banque serait-elle tombée sur un os ?

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Avec Il est où, le bonheur, François Ruffin vient de signer un livre documenté, musclé et passionnant pour tous ceux et toutes celles qui veulent (ré)concilier « les deux cœurs » de la gauche : la question sociale et l’écologie. Le bouquin se termine malheureusement en queue de poisson, lorsqu’on arrive dans le dur, le présent et le concret : « Est-ce que j’y crois, à ce front populaire écologique ? Je l’ignore » (p. 175). François, je t’aime bien. Mais si tu n’es pas convaincu toi-même par tes propres slogans, ne compte pas sur les autres pour l’être à ta place [3].

[1Source : SFLP / cheminots.

[2Et des 315 blessures à la tête. Bilan complet sur www.mediapart.fr/studio/ panoratique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-signalement

[3Il est où, le bonheur, François Ruffin, Les Liens qui Libèrent, 2019.

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