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Esperanzah

L’anti-Werchter ?

Branché « musiques du monde », Esperanzah ! est tout sauf une machine à fric. Cette année, le petit poucet des festivals estivaux souffle ses cinq bougies. L’occasion de faire le point sur l’alter-événement de l’été, son public et les nouveautés de l’édition 2006.

La question fait rigoler Jean-Yves Laffineur, coordinateur du festival : Esperanzah !, dans son esprit et dans sa forme, n’est-il pas l’exacte anti-thèse de Rock Werchter ? « C’est un peu fort, mais il est clair qu’on se trouve en présence de deux logiques complètement différentes. Derrière Rock Werchter, il y a la multinationale Live Nation, ex-Clear Channel, et un énorme budget. Dans le cas d’Esperanzah, il s’agit d’une petite asbl composée de gens motivés avant tout par le projet. Notre seul objectif est d’équilibrer notre budget. »

Lequel se chiffre à un peu plus de 500.000 euros, dont 20% d’aides publiques venant principalement de la Coopération belge au développement. A titre de comparaison, pour sa première édition cette année, l’enveloppe du festival liégeois Les Ardentes avoisine les 800.000 euros. Et celui de Rock Werchter ? « Confidentiel », nous éconduit l’attachée de presse. « Secret d’Etat », confirment plusieurs observateurs du milieu rock...

Faire d’une contrainte un avantage

Même si cette année la capacité du site enchanteur de l’abbaye de Floreffe passera de 8.000 à 10.000 personnes par jour (grâce à l’ouverture d’une grande cour derrière l’abbaye) Esperanzah !, contrairement à Werchter, ne peut pas s’inscrire dans une logique de croissance. « Le festival est physiquement limité par la configuration du site, pilier de son identité. Nous atteindrons cette année pour la première fois la capacité maximale du lieu. » Ce qui limite à jamais le nombre d’entrées et les revenus. Et donc le budget pour payer les artistes. Voilà notamment pourquoi l’affiche comporte rarement de très grandes stars internationalement reconnues.

Une contrainte que les organisateurs semblent avoir réussi à transformer en avantage. Lorsqu’ils interrogent les festivaliers sur ce qui leur a le plus plu, ce sont les « découvertes musicales » qui arrivent en tête de liste. « L’an dernier, nous avons interrogé 535 personnes au cours des trois jours, poursuit Jean-Yves Laffineur. Ce n’est pas un sondage scientifique mais les résultats permettent de mieux cerner notre public. Ainsi, 60% des festivaliers ont moins de 30 ans. Esperanzah ! n’est donc pas un festival “de vieux soixante-huitards” comme certains le pensent. » Et de fait, seuls 6% des festivaliers auraient plus de 50 ans.

Après la programmation musicale, c’est l’ambiance générale, le cadre majestueux du site et l’engagement politique du festival qui sont les dimensions les plus appréciés des festivaliers. « C’est un festival qui a eu la chance de trouver rapidement son public, analyse Didier Mélon, animateur de l’émission radio « Le monde est un village » sur La Première. Avec sa réflexion vis-à-vis du Sud et sa démarche à mille lieues de la logique mercantile, il répond à de vraies attentes. Malgré son jeune âge, il a très vite rencontré le succès. »

« Allez parler dehors ! »

Bien que les festivals foisonnent en juillet-août, plus de 50% du public d’Esperanzah ! ne fréquentent aucun autre festival. Ceux qui le font vont majoritairement à Dour, ou à Couleur Café. Mais seuls 4,7% des festivaliers interrogés l’an passé étaient également allés communier à Werchter. Comme si ces deux univers sociologiques étaient cloisonnés. Signe d’une fracture idéologique au sein de la jeunesse ? « Oui, je pense qu’il y a de ça, estime Jean-Yves Laffineur. Il y a une majorité de gens qui sont là pour découvrir une musique alternative, mais il y a aussi ceux qui viennent avant tout pour l’ambiance conviviale, presque peace & love. Les gens se sentent bien, sont ouverts, souriants... C’est un peu présomptueux, mais on ne voit ça que chez nous ! »

Même si c’est avant tout une grande fête musicale, Esperanzah ! est aussi un festival engagé : tarifs sociaux (Article 27), village d’ONG partenaires, radio libre diffusée sur le Web et la FM via des logiciels libres, expos photo Nord-Sud, etc. Au programme également, « Regards du Monde », un festival qui proposera une vingtaine de films invitant à la réflexion (Mémoire d’un saccage, L’île aux fleurs, Les Yes Men, Life and Debt, etc.).

« Les films projetés l’an dernier ont suscité pas mal de débats, ce que nous n’avions pas prévu, explique Pablo Gustin, un des responsables de la programmation. A la limite, on devait demander aux gens d’aller parler dehors. Un comble pour nous ! » Cette année, il y aura donc moins de films et du temps sera prévu pour le débat. « On va essayer de faire intervenir des artistes, comme Danyèl Waro, un musicien réunionnais. Il a des choses à dire sur la souveraineté alimentaire, le thème de cette édition 2006 ».

Pipi, Coca et bière amère

Comme lors des éditions précédentes, l’eau sera gratuite pendant le festival. Et pour la première fois, les toilettes aussi - « un cadeau de 10.000 euros », glisse Jean-Yves Laffineur. De plus, comme c’est le cas depuis 2004, aucun produit « issu de la Coca-Cola Company » ne sera servi. Par souci de cohérence et de solidarité envers le Sud (lire « La fin et les moyens » dans ce même numéro). « C’est aussi comme cela qu’on pense toucher notre public, poursuit le maître d’œuvre du festival, qui est aussi psychologue dans le civil. La cohérence totale, on n’y arrivera jamais. Mais on y tend au maximum ».

Evidemment, quand l’équipe organisatrice a appris qu’InBev allait supprimer près de 300 emplois en Belgique et en délocaliser plusieurs en République Tchèque et en Hongrie, un certain malaise s’est installé. Car InBev, c’est la maison mère de Stella Artois, le brasseur d’Esperanzah... Cette année - c’est encore une nouveauté -, huit artistes plasticiens présents sur le site porteront un regard sur le festival et les festivaliers. Ils ont carte blanche. Comme la mousse d’une bière au goût un peu amer.

David Leloup


En savoir +
Esperanzah !, du vendredi 4 au dimanche 6 août à l’abbaye de Floreffe (Namur). Programme complet sur Esperanzah.be. Tickets (prévente/sur place) : 16€/20€ (vendredi), 21€/26€ (samedi, dimanche), 39€/48€ (pass 3 jours). Camping : 5€ (prix unique).
Infos : 083.66.83.47

Mercredi 26 et jeudi 27 juillet, à 19h00 sur La Première, « Le monde est un village » vous proposera de revivre l’édition 2005, avec un florilège d’invités et d’extraits de concerts récoltés sur place.




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