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Grande distribution

Pourquoi le bon marché coûte cher...

Parce qu’il étrangle des milliers de producteurs, parce qu’il se moque, comme de sa première culotte, des normes sociales et environnementales, le bon marché coûte cher à la société. Très cher. Exemple criant : chez l’étasunien Wal-Mart, le n°1 mondial de la grande distribution, les salaires sont tellement bas que la moitié du personnel émarge à l’assistance publique.

Il y a ce que la grande distribution veut montrer d’elle même, le clinquant, et puis l’envers du décor, le sordide. Aller y faire un tour vaut le détour. Histoire de comprendre les effets dévastateurs de la mondialisation, auxquels participe - un peu, beaucoup... à la folie - « notre » grand magasin.

Du temps où le commerce, c’était aussi la confiance...

Sur cette place de village, ombragée de platanes, le marché se tient chaque mardi. En ce mois d’août, les touristes s’y pressent, mais Emile, animateur du groupement de producteurs à qui j’achète de l’huile de noix, m’explique que même en basse saison ce marché continue à tourner, en complément des livraisons qu’il fait à ses clients : ceux du pays et ceux qui l’ont découvert en passant l’été. Nous sommes dans les causses du Quercy, en Dordogne : un pays de calcaire et de cailloux, où l’agriculture n’a jamais été de tout repos. Je l’interroge sur ce qui leur permet, à sa fille et à lui, de tenir le coup, face aux Lidl et autres Leclerc, qui poussent comme des champignons le long des routes.

« D’abord, on ne produit pas trop. Les coopératives qui veulent être présentes dans les grands magasins sont obligées de faire de grandes séries, assez standardisées. Nous, on produit, en gros, ce qu’on est sûrs de vendre. Ensuite, on ne vend pas que le produit mais aussi une relation de confiance ; les gens d’ici me connaissent, ils savent que je ne vais pas sacrifier la qualité. Quitte à arrêter, si on ne peut plus faire le boulot correctement, comme les fraises... »

Il y a quelques années encore, les producteurs de fraises étaient nombreux dans le sud-ouest de la France. Puis les prix sont tombés ; les productions forcées des serres d’Andalousie permettaient aux grandes surfaces et aux confituriers d’avoir des quantités garanties, à bas prix. La fraise de pleine terre étant une culture délicate, sensible aux variations du climat, ça ne valait plus le coup, ou alors il fallait tricher. Cette année, il semble que les prix soient remontés, mais on entend maintenant qu’ils vont faire venir les fraises de Chine... Alors Emile a laissé tomber : il continue le canard, le miel, les noix. Il me rappelle les romans de Christian Signol, les métayers pauvres de ce pays au 19è siècle pour qui la récolte et le nettoyage des noix, harassant travail de petites mains, constituait le complément des trop maigres cultures de blé sur cette terre ingrate.

Donc j’achète des noix, mais plus de fraises. Et si les enfants voulaient des fraises quand même... on irait au Lidl ?

(...)

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