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Contre la marchandisation du monde

Le don, ciment de notre société

Si petits, perdus dans notre société capitaliste, sommes-nous tous devenus des individus isolés, tantôt vendeurs, tantôt consommateurs, préoccupés de notre seul intérêt ? Tout se vend, tout s’achète, tout se paie. Face à la marchandisation galopante du monde, n’avons-nous pas déjà baissé les bras, tout occupés à travailler plus pour produire plus pour gagner plus pour consommer plus ? Eh bien non ! Partout, à chaque instant, nous résistons. Car pour « faire société », il y a une chose essentielle, qui nous est indispensable : le don.

Alors que nombre d’entre nous viennent de fêter Noël, imaginons un instant notre vie sans le don... Plus de cadeaux bien entendu, plus de repas de famille à moins que notre hôte ne reçoive un salaire et que la note de frais ne soit divisée en parts égales -, plus question pour la cousine Juliette d’occuper le divan-lit - elle n’a qu’à loger à l’hôtel ! Plus de don, c’est aussi la disparition programmée d’ONG, d’associations par milliers. Plus de don, c’est la mort pour les malades moins fortunés, incapables de payer leurs poches de sang ou une greffe. Plus de don, c’est sans doute tout simplement plus de société...

Car le don est ce qui construit le lien social entre les humains que nous sommes : c’est en donnant que nous disons à l’autre, proche ou étranger, « je t’apprécie ». Et que nous nous inscrivons dans un grand cycle, celui du don et contre-don qui nous lie à nos amis, notre famille, notre société, notre humanité, notre planète. Toute la magie du don est là : si sa caractéristique est d’être spontané, sans garantie de réciprocité, sans contrepartie exigible, il va dans le même temps provoquer chez l’autre l’envie de donner à son tour. « J’ai tant reçu », s’exclament bien souvent les personnes généreuses.

« L’appât du don, remarque Jacques T. Godbout, sociologue, professeur émérite à l’Institut national de la recherche scientifique (université du Québec), commence très tôt. Nous donnons parce que nous avons reçu - le don de la vie pour commencer. Nous “naissons” en quelque sorte dans un état de dette, une dette que nous ne pourrons jamais rembourser. Mais c’est une dette positive, qui n’est pas une dépendance à éliminer ! » Le grand-père aide sa petite-fille en sachant qu’elle ne lui offrira peut-être rien en retour, mais donnera à ses propres enfants. Le don est une chose qui circule, qui se passe et se repasse. Rendre plus tard - à l’autre ou à d’autres - ce que l’on a reçu, c’est accepter d’entrer dans le lien. Ainsi, a contrario, la relation marchande supprime-t-elle le lien social en fixant une contrepartie monétaire immédiate dans tout échange de biens ou de services, en refusant que « le bien nourrisse le lien », comme le dit Jacques T. Godbout.

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