Le désir féminin est naturellement plus proche de la pérennité de la vie, de l’attention à la place de l’être humain et de l’importance des valeurs transgénérationnelles. Et si les valeurs féminines étaient les « elles » du développement durable ?
Trois euros par personne, soit un
sandwich par semaine au snack du
coin ! C’est l’équivalent de ce que
l’Europe s’apprête à investir pour
affronter le défi climatique d’ici 2020. Cette
avancée « historique » (sans ironie) dans la
politique européenne sera-t-elle suffisante
pour éviter l’emballement climatique ?
Le plan « 3 x 20 » des Européens
Le « paquet énergie-climat » lancé par la
Commission européenne le 23 janvier dernier,
qualifié d’« historique » et d’« étape majeure
de la construction européenne », se décline
en trois volets :
réduire de 20% les émissions de gaz à effet
de serre pour 2020 (par rapport à 1990) ;
imposer une part de 20% d’énergie renouvelable
dans la consommation finale ;
promouvoir des initiatives pour réaliser,
dans le même laps de temps, 20% d’économies
d’énergie.
Un « plan 3 x 20 » en somme, qui place
l’Europe en tête du peloton mondial dans la
course au changement de modèle sociétal,
en vue d’affronter le plus grand défi auquel
l’humanité est confrontée aujourd’hui : le
changement climatique.
La Commission propose bien sûr des objectifs
contraignants, à atteindre Etat par Etat,
pour 2020. Ces objectifs, âprement négociés,
varient notamment selon les niveaux de
richesse et les émissions actuelles de CO2
de chaque Etat membre. Ainsi, la Belgique,
qui est 23ème sur 27 dans ce classement, devra
faire grimper la part d’énergie renouvelable
de 2,2% à 13% et réduire sa production
de CO2 de 15% (par rapport à 2005). La
France devra de son côté atteindre 23%
d’énergie renouvelable et réduire de 14%
sa production de CO2. Et le pays en tête du
classement, la Suède, qui réalise déjà le score
de 40% d’énergie renouvelable aujourd’hui,
devra faire passer le chiffre à 49%, tout en
réduisant sa production de CO2 de 17%.
Voilà donc un beau programme à concrétiser.
Tous les secteurs économiques sont
concernés (transports, agriculture, bâtiment,
déchets, PME, services) et devront réduire
leurs émissions de 10%. A partir de 2013,
les quelque 12.000 grandes installations
industrielles, qui aujourd’hui reçoivent
gratuitement des quotas d’émissions de CO2,
devront les payer. Les quotas seront mis aux
enchères, ce qui va faire monter les prix de la
tonne de carbone... et pousser à réaliser des
économies d’énergie.
Qu’est-ce que ce plan permettra de gagner ? « Selon le rapport Stern, l’inaction face au
changement climatique coûterait entre 5
et 20% du PIB. Le coût du plan européen
ne devrait pas dépasser 0,5% par an en
2020. Il faut donc parler de gain, explique
fièrement le président de la Commission, José
Manuel Barroso. Un million d’emplois seront
également créés dans le secteur des énergies
renouvelables d’ici 2020. »
La décarbonisation de l’économie
Que le destin de la planète devienne une
priorité pour l’Europe, ce n’est pas trop tôt ! Bravo à tous les citoyens et à toutes les
associations qui – depuis plusieurs décennies
parfois – se sont mobilisés pour faire bouger
les politiques. Pourtant, sans vouloir jouer les
rabat-joie, il serait naïf de penser que la mise
en application de ce plan européen « 3 x 20 »
va résoudre tous les problèmes. Loin de
là... Il s’agira tout d’abord d’arriver à rallier,
pays par pays, les autres grandes régions
du monde à cette cause que certains, bien
légitimement parfois, trouvent étrangère ou
lointaine. Il faut savoir ensuite que ce plan ne
sera que le tout premier pas d’une nouvelle
longue marche en avant qui doit nous mener
jusqu’à la décarbonisation quasi complète de
l’économie.
Un consensus scientifique existe aujourd’hui
pour dire qu’il faut éviter que le réchauffement
dépasse les 2°C au-dessus du niveau
pré-industriel. Sinon les glaces du Groenland
se mettront à fondre de manière irréversible,
ce qui entraînerait un emballement de la
« machine » climatique et l’effondrement
de certains écosystèmes, poussant par
exemple des centaines de millions de gens
à abandonner leurs terres, devenues stériles
en raison de la sécheresse. Le dernier
sommet du G8, qui commence (enfin !) à
réaliser lui aussi l’importance du problème,
a proposé une réduction des émissions de
CO2 de 50% à l’échelle globale pour 2050.
Tandis que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental
sur l’évolution du climat)
suggère, dans son dernier rapport, « que le
monde réduise, pour 2050, ses émissions à
un niveau correspondant à environ 15%
du total des émissions en 2000 », analyse
George Monbiot, dans une chronique publiée
par le journal anglais The Guardian [1].
Grand amateur de calculs, Monbiot part de
l’hypothèse que chaque individu a droit à
une production équivalente de CO2. Il divise
alors la production de dioxyde de carbone en
2000 par le chiffre de la population mondiale
actuelle, ce qui donne 3,58 tonnes de CO2 par
personne. « Une réduction de 85% signifie,
si le chiffre de population reste constant, que
l’émission globale par tête devrait être réduite
à 0,537 tonne pour 2050. Actuellement, le
Royaume-Uni produit 9,6 tonnes par tête
et les Etats-Unis 23,6 tonnes. Réduire ces
quantités à 0,537 tonne signifie une diminution
de 94,4% pour le Royaume-Uni et de
97,7% pour les Etats-Unis. »
On peut certes discuter ces chiffres, que
certains trouveront excessifs, tandis que
d’autres les jugeront au contraire optimistes,
car il faudrait en outre tenir compte de
l’augmentation de la population sur la
planète (nous serions 8 à 9 milliards d’êtres
humains en 2050, contre 6,5 milliards
aujourd’hui), de la réponse de la biosphère
à la montée de la température, etc. Au final,
on constate qu’il s’agit bien de se diriger vers
une décarbonisation globale de l’économie.
Ce qui veut dire faire ses adieux au charbon,
au pétrole et au gaz (sauf si l’on parvient à
capter à bas coût le CO2 ), investir massivement
dans les énergies renouvelables... et,
surtout, développer une tout autre société.
Une reprise de la longue marche de
l’humanité !
Le désir de pérenniser la vie
Ceux qui, depuis les années 80, relaient
les travaux des scientifiques sur le changement
climatique ont parfois le sentiment
de radoter. En effet, le premier rapport de
l’Onu sur le climat contenait déjà toutes les
informations capitales. Il aura donc fallu une
vingtaine d’années de négation de l’évidence
par les principaux lobbies de l’économie liée
au carbone (auto, pétrole, charbon...) pour
que les politiques, poussés par les associations
et l’opinion publique, acceptent enfin de
considérer le problème.
« Je ne suis pas l’avocat du désespoir, écrit
Monbiot dans le Guardian. Nous devons faire
face à un défi aussi pressant que la montée
des puissances de l’Axe. Et si nous avions
jeté l’éponge, comme beaucoup sont tentés
de le faire aujourd’hui, vous liriez cet article
en allemand. Quand la volonté politique fut
mobilisée, d’étranges et d’incroyables choses
commencèrent à arriver. L’économie des
Etats-Unis fut renversée en un quart de tour
en 1942, quand les industries civiles se firent
militaires. L’Etat prit plus de pouvoir qu’il
n’en exerça jamais. Des politiques impossibles
devenaient subitement réalisables. »
Et il conclut, au-delà de l’acceptation et de
la prise en compte du constat scientifique
sur le changement climatique, que : « la
crise à laquelle nous faisons face requiert
une profonde discussion philosophique, une
réévaluation de ce que nous sommes et de ce
que le progrès signifie. »
Nous vivons dans une société capitaliste et
de surconsommation. La frustration est le
nerf du capitalisme, qui exploite nos peurs et
nos angoisses de mort pour, encore et encore,
nous faire consommer. L’abus, dont nos
sociétés font preuve à l’égard de la planète,
trouve son origine dans la compétition et la
course au profit, qui sont plutôt des valeurs
masculines. Aujourd’hui, par l’incohérence
de ses comportements face à une nature
que ses valeurs conquérantes assassinent,
l’homme semble comme paralysé dans son
action. Quand sera-t-il prêt à déposer les
armes et à signer la paix avec la Terre ? A
mettre son intelligence créatrice au service
du collectif ? A passer de la prédation à la
créativité ? Et à abandonner, par exemple, les
vieilles énergies fossiles pour résolument se
tourner vers les cycles naturels du soleil, du
vent, des marées ?
Une société écologiste, valorisant la réceptivité,
l’écoute, l’attention aux autres, le
sens de la vie et la place de l’être humain en
accord avec la nature, est plus proche des
valeurs féminines. Des valeurs que nombre
de femmes peuvent d’ailleurs parfaitement
ignorer et nombre d’hommes incarner, car
il ne s’agit pas d’une question de sexe mais
de désir. Le désir est profondément enraciné
dans la nature humaine. Le désir féminin est
naturellement plus proche de la pérennité
de la vie, de l’attention à la place de l’être
humain et de l’importance des valeurs transgénérationnelles.
Et si les valeurs féminines étaient les « elles »
du développement durable ?
André Ruwet
[1] The Guardian, 4 décembre 2007, article traduit par Réginald de Potesta de
Waleffe, à lire sur le site etopia.be.
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par 出会い - le 20 avril 2009
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Il manque une dimension à cet article. Celui de la répartition de la richesse ecologiquement disponible sur la planete et entre les peuples qui y vivent. Si cet analyse est juste pour l’occident sur consommateur, il ne concerne en aucun cas l’immense majorité de la population mondiale qui peine à juste survire, et encore pas toujours.