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La Chine en Afrique : le pire est-il certain ?

Avide de matières premières pour alimenter son processus de développement industriel, l’Empire du Milieu voit dans les sols et sous-sols africains un important vivier. Reste à voir si les gouvernements africains pourront ou non exploiter cette nouvelle donne au profit du développement économique et social de leur continent.

Lors du Forum sino-africain de novembre 2006, la Chine a annoncé la mobilisation sur trois ans de 10 milliards de dollars de prêts concessionnels à destination de l’Afrique. Ce qui va placer la Chine parmi les principaux créanciers du continent africain en 2010. Certes, la coopération sino-africaine n’est pas neuve, puisqu’elle existe depuis plus d’un demi-siècle (elle a fêté ses 50 ans en 2006). Mais elle est en train de prendre une nouvelle dimension.

Le « consensus de Pékin »

Le régime chinois a publié, en 2006, un document qui rend compte de la philosophie de sa politique de coopération internationale. La politique de coopération chinoise, que d’aucuns ont baptisée « consensus de Pékin » , se fonde sur l’égalité, la souveraineté et la non-ingérence. Les gouvernements africains se voient dès lors offrir une aide un peu moins avantageuse que l’aide officielle, mais dépourvue de conditions. De la sorte, le consensus de Pékin affirme privilégier la stabilité et le développement aux réformes, contrairement au consensus de Washington, qui donne la priorité aux réformes comme préalable au développement [1].

Mais les bailleurs de fonds occidentaux ont généralement une tout autre analyse de la situation. La Banque mondiale s’inquiète du peu de transparence qui entoure les financements chinois, ainsi que de l’impact que peuvent avoir ces prêts sur l’endettement extérieur des pays africains. La Chine adopte ses propres critères de « concessionalité » (c’est-à-dire ce qu’elle considère comme un prêt à des conditions avantageuses) et lie ses investissements à des contrats d’extraction de matières premières. Le risque est grand de maintenir ces pays au rang peu enviable d’exportateurs de matières premières, c’est-à-dire de produits à faible valeur ajoutée et peu créateurs d’emplois. Ce qui les exclut des chaînes mondiales de production industrielle.

Pourtant, selon Alice Sindzingre, économiste du développement au CNRS, si ces inquiétudes sont fondées, le pire n’est pas certain : « Les ressources naturelles peuvent certes devenir une malédiction, mais ce n’est pas toujours le cas (…). Lorsque la rente est bien gérée, la croissance est possible (…). Surtout, des flux financiers additionnels induisent une compétition bénéfique (…). On peut aussi estimer que les financements sans conditionnalité de la Chine donnent aux gouvernements une marge de manoeuvre. » Elle en conclut que « le monde multipolaire est en marche, avec ses incertitudes  [2] ». Une conclusion que ne semble pas loin de partager le commissaire européen au Développement, Louis Michel, qui propose à la Chine de développer une coopération sino-européenne en Afrique.

La Chine en RDC

En Afrique, ceux qui voient dans la Chine une opportunité de s’affranchir de la mainmise occidentale s’opposent à ceux qui diagnostiquent une reproduction des erreurs du passé. C’est notamment le cas en République démocratique du Congo, où la Chine a annoncé, en septembre 2007, au nez et à la barbe de la mission d’évaluation du FMI à Kinshasa, qu’elle allait investir 6,5 milliards de dollars dans les infrastructures congolaises. Un protocole, signé entre le ministre congolais des Infrastructures et un groupement d’entreprises chinoises [3], prévoit des investissements dans les chemins de fer (3,4 milliards), les routes (2 milliards), les voiries (400 millions) et le bâtiment (758 millions pour 32 hôpitaux, 145 centres de santé, 5.000 logements sociaux et deux universités).

En contrepartie, la Chine dispose d’un contrat d’exploitation des ressources naturelles congolaises. Pour ce faire, les deux parties ont constitué une société de joint-venture entre un groupement d’entreprises chinoises et des entreprises congolaises désignées par le gouvernement (à raison de 68% pour la partie chinoise et 32% pour la partie congolaise). Dans le cadre de l’accord, le financement des travaux d’infrastructure est garanti par les concessions minières mises à disposition de la société de joint-venture. Afin d’assurer le remboursement de ce financement, des conditions particulières, valables durant trente ans, comprennent notamment « l’exonération totale de tous les impôts, droits, taxes, douanes, redevances, directs ou indirects, à l’intérieur ou à l’import et l’export, payables en République démocratique du Congo et ceux liés aux activités minières et au développement d’infrastructures de la société de joint-venture [4] ».

En définitive, le défi africain consiste à exploiter les possibilités d’un monde multipolaire afin d’attirer des investissements avantageux, destinés à financer des stratégies de développement créatrices d’emplois locaux et de revenus suffisants pour les populations et les caisses de l’Etat. Que le protocole sino-congolais réponde à toutes ces caractéristiques est une autre histoire.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire politique du CNCD-11 11 11

[2« La Chine en Afrique : le pire n’est pas sûr », Alice Sindzingre, Le Monde, 12 décembre 2006.

[3L’Exim Bank of China, la China Railway Engeneering Corporation et la Sinohydro Corporation.

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