Parce qu’elles ne mentionnent pas clairement la consommation de carburant et les émissions de CO2, les pubs (imprimées) pour autos sont illégales dans l’Union européenne. Un grand constructeur français l’a même reconnu. Pourtant, rien ne vient endiguer le torrent quotidien de publicités illégales qui s’affichent dans la presse et sur les panneaux dans nos rues. Résultat, les ONG s’impatientent. Et affûtent leurs armes judiciaires…
Ne tournons plus autour du pot, regardons les chiffres en face. Les
émissions de gaz à effet de serre dues
au transport routier ont augmenté de
26% entre 1990 et 2005, alors que
durant cette même période de grands secteurs
économiques comme ceux de l’industrie et de
l’énergie ont réduit les leurs [1]. Si le transport
n’avait décollé ainsi, il y a des années
que l’Union européenne (UE) aurait atteint
l’objectif de Kyoto. Le secteur du transport est
aujourd’hui responsable de 20% des émissions
de gaz à effet de serre d’origine humaine
dans l’UE, dont une grosse moitié (12%)
est due aux voitures particulières.
En attendant
qu’une véritable politique de mobilité intégrée
voie le jour, comment donc orienter le
marché vers les véhicules peu gourmands en
carburant ? En jouant notamment sur la fiscalité
« verte », et en renforçant l’information
aux consommateurs, avance-t-on souvent. Or
justement sur ce second point, et vu l’urgence
climatique, ne serait-il pas particulièrement
opportun que la législation existante qui régit
les mentions environnementales sur les publicités
automobiles soit – enfin – respectée,
et que les contrevenants soient sévèrement
sanctionnés ?
Des infos « précises, utiles et comparables »
L’objectif de cette directive européenne, proposée
il y a bientôt 10 ans par la Commission
et adoptée fin 1999 par le Parlement et le
Conseil, est très clair. Que dit le texte ? « Que
l’information joue un rôle décisif dans le fonctionnement
des forces du marché ; que la fourniture
d’informations précises, utiles et comparables
sur la consommation de carburant
et les émissions de CO2 spécifiques des voitures
particulières est susceptible d’orienter le
choix des consommateurs vers les voitures qui
consomment moins de carburant et qui dégagent,
par conséquent, moins de CO2, incitant
ainsi les constructeurs à prendre des mesures
en vue de réduire la consommation de carburant
des voitures qu’ils fabriquent [2]. »
S’ils affichaient clairement ces deux valeurs
« précises, utiles et comparables » sur leurs
publicités, pas de doute que les constructeurs
ajusteraient leur stratégie marketing. Et leur
production. Le rutilant 4x4 ou la grosse cylindrée
qui engloutit 10 litres aux 100 km ne
tiendrait plus le haut du pavé publicitaire. Or
aujourd’hui, force est de constater que la pub
tire le marché automobile vers le haut – la
seule étude d’envergure disponible sur le sujet
est éloquente à cet égard [3]. Non, si la
loi était respectée, on assisterait au contraire
à une guerre « éconologique » entre constructeurs,
une course poursuite commerciale sur
le boulevard technologique, voie royale menant
vers des véhicules moins énergivores et
moins polluants.
90% des acheteurs regardent la conso
Contrairement à ce que d’aucuns affirment, la
consommation de carburant est un critère important
lors de l’achat d’un nouveau véhicule
– et il le sera de plus en plus avec la flambée
permanente des prix pétroliers. Une étude récente
réalisée en France montre en effet que
90% des automobilistes accordent une attention
« importante » ou « très importante » à
la soif de pétrole d’une voiture susceptible de
s’attirer leurs faveurs [4]. Un critère qui se
classe en quatrième position sur l’échelle des
priorités, juste après la sécurité, la fiabilité et
le prix de vente.
David Leloup
A lire également :
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Quand le JEP tombe lui-même dans le panneau publicitaire…
Le CO2 des autos, dossier chaud à Bruxelles
10 trucs pour réduire sa consommation
[1] « Climate for a transport change », Agence européenne de l’environnement,
février 2008.
[2] Directive 1999/94/CE, préambule, point 5.
[3] « Présence de la publicité automobile dans la presse écrite », Pierre Ozer,
université de Liège, décembre 2007.
[4] « L’automobile et l’environnement » , DAFSA/Global Insight, 2006.
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