Déjà épinglée par les gardiens de la concurrence européenne, Ryanair, la compagnie phare du low cost, se trouve à nouveau au cœur de la tourmente. Motif : les aides publiques que le cynique Michael O’Leary, patron de Ryanair, soutire aux collectivités locales. Une stratégie d’investissement anachronique, notamment pour la Région wallonne, en ces temps de disette pétrolière et de réchauffement climatique.
En janvier dernier, l’aéroport de
Charleroi inaugurait sa nouvelle
aérogare, financée à 85% par
de l’argent public. La cérémonie
s’est déroulée en grande pompe
[1]. Au nom du redéploiement
économique de la Wallonie, les ministres
et autres responsables politiques se sont
livrés, à cette occasion, à un assaut d’amabilités
et de congratulations, sans lésiner sur les
superlatifs. Avec 2,5 millions de passagers par
an, Charleroi a connu ces dernières années un
boom impressionnant que Ryanair, principal
bénéficiaire des infrastructures [2], se ferait
fort de doubler dans les plus brefs délais.
L’Irlandais envisagerait d’ailleurs de doubler
sa flotte à l’horizon 2012 [3].
Or, il y a quatre ans, la Commission européenne
avait ordonné à Ryanair de rembourser environ
3,9 millions d’euros d’aides publiques indûment
perçues. Apparemment si en Belgique
on prend désormais des précautions de sioux
pour éviter la récidive, sans cesser les investissements,
il n’en va pas de même chez certains
voisins tels le Danemark (une nouvelle enquête
européenne concerne l’aéroport d’Aarhus),
l’Allemagne (plusieurs enquêtes en cours) et
la France. Il faut dire que l’implantation de
Ryanair sur un aéroport et l’ouverture de lignes
régulières sont assorties d’un cahier des
charges particulièrement exigeant de la part
de M. O’Leary. Ainsi, la « redevance » à verser
à Ryanair par les aéroports pour l’ouverture
d’une nouvelle ligne varie, selon les cas, de
200.000 à un million d’euros par an. Sans
aucun engagement de continuité de la part du
transporteur… Ces pratiques concurrentielles
d’un genre nouveau font actuellement l’objet
d’une enquête de la Cour des comptes française,
alertée par les Chambres régionales des
comptes qui ont rendu un rapport incendiaire
sur le financement, par les collectivités locales,
des aéroports locaux sur lesquels Ryanair
s’est installée.
(...)
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[1] Le public détient quelque 85% des actions de la BSCA, société qui exploite l’aéroport,
via la SOWAER, SAMBRINVEST, la SOGEPA et IGRETEC. La SOWAER, publique
à 100%, et actionnaire de référence de BSCA, présente un plan d’investissements
jusqu’en 2020 de 175 millions d’euros. 500.000 euros seront investis dans les toutes
prochaines années pour améliorer les infrastructures (allongement de la piste, système
de guidage, tour de contrôle).
[2] La compagnie irlandaise transporte 85% des passagers de cet aéroport.
[3] Business Week, 4 février 2008.
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