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Réveillez le toucher ! - dossier

Les êtres humains que nous sommes ne peuvent s’en passer. Premier de nos sens à se développer, qui persiste même lorsque la vue ou l’ouïe commencent à faiblir, le toucher nous est vital. Nous le laissons pourtant bien souvent en veilleuse, n’y prêtant pas garde et n’en prenant guère soin…

Peut-être vous souvenez-vous de ces enfants émaciés, grabataires ou tenant à peine sur leurs jambes trop maigres. Découverts dans les orphelinats roumains au lendemain de la révolution, ils vivaient dans leur lit et n’avaient été touchés par le personnel qu’à l’occasion des soins de base. Privés de caresses, d’un toucher affectueux, jamais pris dans les bras avec chaleur, ils ne s’étaient pas complètement développés. « Nous ne pouvons devenir un être humain fonctionnel sans ce contact », explique Pascal De Sutter, psychologue, professeur à l’Institut d’études de la famille et de la sexualité de l’UCL. « Sans le toucher, certaines zones cérébrales ne sont pas stimulées, c’est un besoin neurophysiologique », ajoute Anne-Marie Vuillemenot, kiné, ostéopathe, anthropologue, professeur et membre du Laboratoire d’anthropologie prospective de l’UCL. Si le toucher nous renseigne bien entendu sur le chaud, le froid, le piquant ou l’irritant, il nous sert aussi à réconforter ou à être réconforté, à communiquer, et c’est lui qui nous apprend le lien entre nous et le monde.

La peur du corps

Et pourtant… « Quand est-ce que les gens se touchent ?, demande Bernard Andrieu, qui enseigne l’épistémologie du corps et des pratiques corporelles à la faculté du sport de l’université Henri Poincaré de Nancy. Lors des rapports sexuels, en faisant du sport ou parfois en dansant. Nous avons en réalité très peu de contacts élaborés. » Nos sociétés occidentales semblent en effet être – grosso modo – celles de la distance corporelle. La faute au christianisme ? « Toutes les croyances humaines interrogent le corps, poursuit Anne-Marie Vuillemenot, et si on met souvent sur le compte des judéo-chrétiens notre séparation du corps et de l’esprit, elle date en fait des Gréco-Romains. Mais ce genre de pensée dichotomique, qui sépare les choses, est typique de l’Occident. Dans de nombreuses cultures, les personnes sont investies de plusieurs principes vitaux qui leur donnent vie, il n’y a parfois même pas de mot pour dire “corps”. »

Cette conception divisée du corps et de l’esprit a façonné notre rapport au toucher, qui s’est construit au fil, notamment, de nos peurs. « Au 19e siècle, on a peur de l’orgasme, de la masturbation, peur du corps de la femme surtout, raconte Bernard Andrieu. Elle est hystérique, nymphomane, doit être contrôlée par le corset, le psychiatre ou le psychanalyste. » Et ne pas toucher, c’est d’abord ne pas toucher son propre corps.

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