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Crises globales

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Finance, alimentation, climat, énergie et gouvernance mondiale : la planète traverse actuellement cinq crises globales ayant toutes un lien direct avec l’émergence de pays du Sud. Les global leaders y répondent en menant la politique de l’autruche.

Ce début de 21e siècle est marqué par une conjonction de crises globales dont les effets semblent durablement dévastateurs. Ces crises multiples imposent de nouvelles ambitions politiques internationales en vue de mettre en œuvre de nouveaux types de régulations multilatérales adaptées aux défis de notre temps. Pourtant, les global leaders semblent inlassablement opter pour la politique de l’autruche.

Crise financière

La crise immobilière qui a éclaté aux Etats-Unis durant l’été 2007 a frappé de plein fouet le système bancaire international. L’opacité des marchés financiers et les prises de risque de plus en plus démesurées des banques et des fonds d’investissement ont fini par être rattrapées par le principe de réalité : les bulles ont éclaté et les pertes se sont brutalement additionnées, provoquant un « krach rampant », un ralentissement économique et de sérieux dégâts sociaux. Or qu’a décidé le G7 lorsqu’il s’est réuni en avril 2008 ? Il a donné cent jours aux banques pour publier l’état de leurs comptes, démontrant par l’absurde que les responsables politiques des puissances économiques mondiales n’ont pas la moindre vision des transactions financières opérées et des dégâts qu’elles ont suscités !

Crise alimentaire

Malgré les signaux d’alerte envoyés en 2007 par plusieurs organisations internationales et ONG, la hausse des prix alimentaires et les émeutes de la faim qu’elle a provoquées ont semblé surprendre tous les dirigeants de la planète. Réunis en juin 2008 à Rome au sommet de la FAO [1], qu’ont décidé les gouvernements présents ? Rien, ou si peu. Ils se sont en réalité attelés à critiquer la FAO pour ses manquements, alors que cette même FAO, sous-financée comme la plupart des agences onusiennes, les mettait en garde contre une crise alimentaire majeure plusieurs mois avant qu’elle éclate !

Crise climatique

Il ne se passe plus un jour sans que les dégâts et les défis liés aux changements climatiques ne soient abordés par les médias internationaux. Les organisations internationales, les scientifiques et les ONG multiplient les études et les cris d’alerte pour que les gouvernements adoptent des mesures visant à enrayer les émissions de CO2. Ces analyses s’accordent à faire de 2020 un « point de non-retour » pour l’avenir climatique mondial. Et qu’ont décidé les pays du G8 réunis en juillet 2008 au Japon ? De réduire de moitié les émissions de CO2 d’ici… 2050, sans le moindre engagement intermédiaire !

Crise énergétique

L’envol des prix pétroliers a semblé prendre tout le monde de court. Or les sciences économiques sont fondées sur une loi très basique : celle de l’offre et de la demande. Cette loi dit que plus un bien est rare, plus son prix est élevé. Le fait que le « pic pétrolier » soit en vue signifie dès lors que le pétrole est appelé à devenir un bien de plus en plus rare. Du coup les gouvernements se mettent en quête de solutions alternatives. Les premières options semblent cependant inquiétantes : d’une part, l’eldorado présumé des agrocarburants semble perdre de son attrait en ces temps de crise alimentaire ; d’autre part, l’option nucléaire continue de tabler sur une source d’énergie épuisable, sans compter que les bien nommées centrales sont à mille lieues des politiques de décentralisation énergétique prônées par les experts en géopolitique, et qui annoncent un 21e siècle marqué par la concurrence internationale pour l’accès aux ressources naturelles.

Crise de gouvernance mondiale

Ces crises globales et les réponses qui y sont apportées révèlent à leur tour une profonde crise du système de gouvernance mondial. Le système actuel, hérité de l’après-Seconde Guerre mondiale, est à bout de souffle. Le dogme de la libéralisation tous azimuts, largement à la base des crises multiples de notre temps, ressemble de plus en plus à une fuite en avant. Pourtant, l’inaction politique internationale ne peut qu’empirer les choses : les bulles financières, les changements climatiques ou les fluctuations des cours des matières premières ne vont pas s’arrêter comme par magie, bien au contraire.

C’est pourquoi il est urgent de refonder un système de gouvernance mondial adapté aux défis du 21e siècle. Cela implique d’une part de sortir du débat stérile entre libre-échangistes et protectionnistes et de redécouvrir la notion de régulation ; cela nécessite d’autre part de prôner un mode de gouvernance adapté au monde multipolaire qui se développe sous nos yeux et d’intégrer pleinement les pays en développement aux décisions globales.

Qu’on le veuille ou non, les crises globales actuelles ont toutes un lien direct avec l’émergence de pays du Sud qui pèsent de plus en plus dans les relations internationales. Prétendre venir à bout de ces crises sans prendre en compte le point de vue des pays en question ne serait pas seulement antidémocratique : ce serait également faire preuve d’une naïveté coupable.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

[1Food and agriculture organization of the United nations:Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

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