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11 octobre 2006
Malvoyant, pas débile
«
Nous aider à traverser la rue ? Non, la vie ! »
par Dany
Léonard
Chers habitants de
Beauraing et d’ailleurs,
Je me suis décidé à vous écrire cette
lettre ouverte, pour essayer de mieux nous comprendre.
Lorsque vous voyez une taupe qui sort de son trou, vous ne pensez pas
«
tiens, voilà un aveugle qui sort ! ». Nous les
handicapés de la vue,
nous aimerions qu’il en soit de même pour nous. Ce qui serait
formidable c’est que vous pensiez « tiens, voilà un homme,
une femme ou
des enfants » et non pas « voilà un aveugle qui sort
de son trou ».
On vous a sans doute appris qu’il fallait aider un aveugle à
traverser
la rue, d’accord, mais il faut surtout nous aider à traverser la
vie.
Notre regard est absent, mais nous sommes bien là. Nous ne sommes pas
maltraités, mais on
nous contourne, on nous évite. Je ne dirais pas que l’on nous
ignore,
mais presque. Nous sommes handicapés de la vue mais pas du
cervelet, du
moins pas plus que vous ou moi. Que vous soyez garagiste, plombier,
médecin, infirmière, dentiste ou agent de police, vous
pouvez nous
parler, nous vous entendrons.
Je sais cela vous est difficile, parce que nous avons l’air de regarder
ailleurs, donc de ne pas faire attention à vous, un peu comme si
nous
étions aux abonnés absents, comme si ce que vous dites ne
nous
intéressait pas. De notre côté nous sommes devenus
peut-être trop
sensibles. C’est assez normal : nous vivons fort enfermés sur
nous
mêmes, le contact avec l’extérieur est difficile.
Je remarque que l’on parle de moi à ma compagne comme si on lui
parlait
de son enfant ou de quelqu’un qui n’est pas là : « Il doit
faire ceci »
ou « il doit prendre ses pilules ». Alors je dis «
Mais, je suis là… et
je ne suis pas un enfant ». Parfois on sonne chez moi, j’ouvre et
quand
la personne voit que je suis aveugle, elle demande à parler
à ma femme.
Je vous jure que je n’invente pas.
Je fais des petites sculptures, parfois j’expose mes « œuvres
» et les
gens sont souvent attirés (il y en a même qui trouvent
cela beau)
surtout quand je ne suis pas là. Mais quand je suis près
de mes
sculptures les gens on tendance à filer sur la pointe des pieds.
Nous
ne sommes pas contagieux, nous n’allons pas nous effondrer en pleurs et
nous plaindre de notre sort.
De plus en plus, la société fait des choses pour les
handicapés. C’est
formidable, mais dans la tête il faut que cela bouge aussi.
Quand j’étais bien voyant, j’étais comme vous. Je me
sentais maladroit avec les personnes qui avaient un handicap quelconque.
Merci de m’avoir lu.
Dany Léonard
5570 Feschaux
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