En mars 2022, le premier centre d’entreprises 100 % dédié à la transition en Wallonie ouvrira ses portes à Liège dans un ancien bâtiment communal de 2000 m². La Menuiserie, c’est son nom, sera aussi un lieu partagé et innovant développé par la coopérative Novacitis. Imagine est partenaire de ce projet citoyen et collaboratif et y installera sa rédaction.


Il faut laisser derrière soi la rue de l’Académie, le brouhaha de la ville et son cortège de voitures. Franchir le porche métallique du n°53 et se laisser séduire par le charme caché de ce petit îlot calme et enclavé. Bienvenue à La Menuiserie, dans le premier centre d’entreprises dédié à l’économie de la transition en Wallonie développé par la coopérative Novacitis et qui ouvrira ses portes en mars 2022 à Liège.

En ce début septembre, sous un soleil généreux, le visiteur (re)découvre un imposant bâtiment des années 1950 encore dans son « jus » : deux immeubles en « L » sur trois niveaux, 2000 m² exploitables, une dalle étendue avec vue sur la Basilique Saint-Martin voisine et un bien communal chargé d’histoire : « D’après nos recherches, le bâtiment a servi dès 1953 de cuisine collective pour la Ville de Liège avant d’accueillir, en 1957, les ateliers de menuiserie-serrurerie. Ensuite, il est resté quelques années inoccupé jusqu'à ce que nous répondions à l’appel à intérêt lancé en 2018 par la Ville », explique Catherine Hansoul, co-fondatrice de Novacitis et directrice.

Situé à la croisée du quartier Sainte-Marguerite et du Cadran, à cinq minutes à pied de la Gare Saint-Lambert, La Menuiserie s’inscrit dans le cadre d’un projet de redéploiement socio-économique et au cœur d’une rénovation urbaine en zone ZIP (Zones d’initiative privilégiée) qui vise à requalifier ce quartier populaire et cosmopolite. Avec la création de logements, d’une nouvelle crèche, d’une maison des associations, d’une antenne du CPAS et d’une liaison piétonne qui traversera le futur centre d’entreprises : « Cette liaison va permettre aux habitants d’accéder plus rapidement au haut de la ville ainsi qu’à la gare TEC de Hocheporte voisine, et de nous connecter directement avec le quartier, ce qui s’inscrit pleinement dans la philosophie de notre projet », décrit Catherine Hansoul.

« L’idée est de réunir à La Menuisierie des travailleurs résidents et nomades, des entrepreneurs et des startuppers, des étudiants actifs, des citoyens impliqués dans la transition… », Catherine Hansoul, cofondatrice de Novacitis.

Avant que les travaux de réaménagement ne débutent activement, La Menuiserie accueille jusqu’au 25 octobre, la 12e édition de la Biennale de l’Image Possible (BIP 2020), organisée par le centre culturel des Chiroux. « Le lieu est magnifique, avec de l’espace et du dégagement », se réjouit la commissaire de l’exposition, Anne-France Lesuisse. De quoi « réinscrire l’art et la création visuelle dans le mouvement urbain, son dynamisme et son architecture ».

Pour l’heure, deux peintres s’activent sur le toit du petit immeuble. Ils travaillent en collaboration avec l’artiste et architecte Jean-Luc Petit qui va proposer une installation inédite que l’on pourra apprécier du haut de la Basilique Saint-Martin. A l’intérieur, les visiteurs déambuleront dans ce bâtiment brut, fait de briques et de béton, qui va être entièrement transformé par le bureau d’architecture Hellium3 en une « petite ruche dans la ville », comme on peut le découvrir sur les différentes esquisses ci-dessous.

Cent vingt-sept postes de travail fixes, des bureaux partagés (30 places), neuf salles de réunion, un espace provisoirement baptisé « community food & coffee », un atelier dédié à la transformation alimentaire, un jardin potager urbain… « Nous voulons réunir à La Menuisierie des travailleurs résidents et nomades, des entrepreneurs et des startuppers, des étudiants actifs, des citoyens impliqués dans la transition… Et créer un lieu convivial, innovant et collaboratif autour d’une économie transformatrice, positive, vivante et qui fait sens », résume sa directrice. « L’idée est de décloisonner les disciplines, mutualiser les services, créer des synergies entre des acteurs associatifs, économiques, universitaires. Le tout dans un lieu conçu de manière cohérente et durable. » Avec, au quotidien, une communauté de travailleurs et de créateurs à taille humaine : « Le nombre prévu d’occupants devrait être inférieur au « Nombre de Dumbar », soit 150 personnes, ce qui représente le maximum d’individus avec lesquels une personne peut entretenir simultanément des relations humaines stables, dans la confiance mutuelle et la communication », précise Pierre van Steenberghe, spécialisé dans le co-développement d’entreprises sociales et conseiller « transition » pour Novacitis.

En plus d’être un centre d’entreprises de la transition, La Menuiserie entend également développer un programme ambitieux de rencontres, formations, séminaires, innovations lab, débats, hackaton… à destination des acteurs de la vie économique, sociale et écologique de l’ensemble de la Région Wallonne et au-delà. « On veut s’inscrire dans une démarche proche de celle développée par l’Institut des futurs souhaitables à Paris en nourrissant les imaginaires, en construisant les bases d’une économie régénérative et durable, avec une vision écosystémique et vivante. »

Dans ce même esprit, la future Menuiserie va être entièrement réaménagée dans une philosophie « basse énergie » pour limiter au maximum l’empreinte carbone, avec de gros efforts en termes d’isolation, de ventilation, d’acoustique, d’éclairage, d’utilisation de matériaux durables et de récupérations, etc. « L’ambition est d’aller au-delà des normes de certification PEB actuelles pour ce type de bâtiment transformé et de viser les performances PEB à atteindre pour une nouvelle construction », résume-t-on chez Novacitis et Helium3.

Une attention particulière sera également accordée à la mobilité douce avec les gares SNCB et TEC voisines, la station de covoiturage Cambio toute proche, la liaison piétonne, des infrastructures conçues pour les cyclistes (parking vélo, casiers, douches et vestiaires) et pour les personnes à mobilité réduite. « On va limiter au maximum le stationnement de véhicules sur le site, mais on réfléchit à un système de stationnement partagé à proximité », précise Catherine Hansoul.

« Nous souhaitons rassembler un maximum d’énergies, d’opportunités, de volontés et d’intelligences dans un esprit réellement ouvert et inclusif », Pierre van Steenberghe, conseiller « transition ».

Malgré la crise du Covid et les inévitables retards d’un projet de cette envergure, au n°53 de la rue de l’Académie, la petite équipe de Novacitis (2,8 équivalents temps plein) et ses différents partenaires s’affairent avec un objectif précis : réunir un million d’euros dans le cadre d’un processus de financement participatif et citoyen pour, d’une part, acquérir le bâtiment et, d’autre part, lancer les travaux fin de cette année.

Appel public à l’épargne, participation au capital et à l’investissement via des obligations, partenariat financier avec W.Alter (anciennement Sowecsom) dans le cadre du Fonds Kyoto… La coopérative Novacitis créée en 2017 avec un capital social de 431 900 euros, 221 coopérateurs (dont 41 entreprises, parmi lesquelles l’Asbl Imagine qui édite notre magazine et installera à terme sa rédaction au 1er étage de La Menuiserie) et dix entreprises fondatrices* est désormais engagée dans une campagne de communication et de fonds ouverte jusqu’à la fin novembre.

Pour ce faire, Novacitis mise sur les différents atouts de la future Menuiserie : le lieu inspirant, les valeurs sous-jacentes, le projet transformateur de société, l’esprit coopératif… « Nous sommes dans un financement mixte, ajoute Catherine Hansoul. Les investisseurs, de toute nature, peuvent souscrire au capital en devenant coopérateur ou en achetant des obligations. La part de coopérateur est fixée à 100 euros. Le montant d’une obligation subordonnée est de 1 000 euros, pour une durée de 10 ans au taux brut annuel de 1,8 %. »

Un défi financier avec, en parallèle, la mise en location des futurs espaces, l’organisation d’événements pour faire connaître le lieu, le projet porté par le Groupement d’intérêt économique (GIE) autour de la transformation alimentaire locale et durable, les relations à construire avec les acteurs du quartier (riverains, association, Ville…) : « Nous souhaitons rassembler un maximum d’énergies, d’opportunités, de volontés et d’intelligences dans un esprit réellement ouvert et inclusif, conclut Pierre van Steenberghe. Les constats sont connus concernant l’état de la planète. Nous n’avons plus le temps d’attendre, il faut accélérer la transition. Modestement, La Menuiserie entend être un moteur de cette économie souhaitable en plus d’être un espace de vie et de travail innovant, collaboratif et convivial. »

H.Do.

*Les Ateliers du Monceau, Bati Groupe, le cluster Eco-Construction, Courant d’Air, DYNAMOCoop, Groupe Terre, La Calestienne, Les Tournières, Réseau Financité, Vin de Liège