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Reportage

Plan Sacha : l’exploration des limites du consentement

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Consentement, culture du viol, harcèlement, patriarcat… Depuis 2018, le plan Sacha amène ces thématiques dans les festivals et les lieux festifs. Mais c’est au cœur du festival Esperanzah!, berceau de son action, qu’il est né et qu’il continue, chaque année, de lutter contre les agressions sexistes et sexuelles. Cet article fait partie d’un ensemble sur le mouvement #Balancetonbar, publié dans notre numéro 152 (septembre-octobre).

Cabanes sur pilotis, constructions éphémères en bois à l’allure de mirador, caravane perchée, empilement chaotique de chaises… Autant de forteresses de résistances et de barricades, qui forment le Village des Possibles, véritable espace de bouillonnement intellectuel, de débats et d’engagement du festival Esperanzah!.

C’est au cœur de ce Village que le plan Sacha a pris corps il y a quatre ans, dans le but de lutter contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif. Depuis, il intervient dans plusieurs festivals et s’est structuré autour de trois axes : la formation des équipes organisatrices, la sensibilisation des festivaliers et la prise en charge psychosociale.

Dans une salle, à l’abri de la clameur extérieure, une quinzaine de festivaliers et de festivalières participent à un débat mouvant, organisé par le plan Sacha, sur le consentement. Les participants se déplacent dans la pièce en fonction de leurs opinions. Au milieu lorsqu’ils sont partagés, à gauche pour signaler un consentement non respecté ou à droite de la salle s’ils pensent que le consentement a été respecté.

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Leyla Cabaux et Anaïs Félix, animatrices de cet atelier, plongent leur auditoire dans des mises en situation de festival. « Vendredi soir, Najah rencontre Frédérique lors d’un concert de rap. Iels décident de passer la nuit ensemble pour des ébats sans promesse. Le lendemain matin, Najah est réveillé·e car iel constate que Frédérique est en train de caresser son entre-jambe. Le consentement de Najah est-il respecté ? », énonce la formatrice du plan Sacha. Unanimement, tous les participants migrent du milieu de la salle vers le côté gauche. Une jeune femme explique sa position : « On ne peut pas consentir si l’on est pas complètement réveillé. Et on ne peut pas partir du postulat que si la personne était enthousiaste la veille, elle le sera encore le lendemain. » Tout le monde acquiesce.

Difficulté supplémentaire. « Et si c’était un couple, est-ce que ce serait pareil ?», nuance une des animatrices. Le positionnement n’est plus aussi franc. Quatre personnes se décalent vers le milieu de la pièce, et une vient se tenir du côté de l’affiche « consentement respecté ». « Elle est endormie donc il n’y a pas de consentement éclairé, même si c’est un couple », affirme une femme. Pour le jeune homme qui se tient à la droite de la salle, la question n’est pas aussi tranchée : « Quand on connait la personne, on sait quand on peut faire ce genre de choses ». Après plusieurs interventions autour du couple, de la confiance, et de la connaissance mutuelle des envies de l’autre, Anaïs Félix reprend la parole et met des mots sur les différents points de vue qui ont été exprimés : « Ici, beaucoup de paramètres dépendent de la communication préalable à l’acte. Si cela n’a pas été discuté, il y a un énorme risque de zone grise. Il faut donc garder en tête que l’impact est toujours beaucoup plus important que l’intention. »

Nouvelle adaptation : Frédérique caresse désormais la cuisse de Najah, toujours endormie, au lieu de son entre-jambe. Davantage de participants se placent au milieu de la salle. Une jeune femme hésite : « Je peux encore voir ça comme de la tendresse mais je ne suis pas sûre… ». Pour une autre, la limite est claire : « Pour moi, le consentement ne concerne pas que des gestes sexuels, il faut pouvoir dire oui. Parfois, on a pas envie de tendresse. » Dans la salle, plusieurs personnes agitent leurs mains en signe d’approbation.

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Leyla Cabaux, coordinatrice au sein du plan Sacha, rappelle alors en cinq points comment s’exprime le consentement : « Réversible », « Enthousiaste », «Éclairé », « Libre », « Spécifique ». « Quand les cinq critères ne sont pas remplis, on rentre dans les zones à risque », insiste t-elle. À la fin de cet atelier, la coordinatrice martèle l’enseignement principal : « Communiquer, communiquer, communiquer. Le consentement, c’est sexy ! »

Festivaliers et festivalières repartent alors vers l’effervescence du festival, au son des djembés qui tambourinent. Confirmés dans leur position, pensifs, ou soulagés, comme Sybille, participante de l’atelier : « Cette zone grise, c’est la révélation d’aujourd’hui ! J’aime avoir des mots sur ce que je vis, et ça permet de me rassurer. J’ai besoin qu’on me rappelle qu’il faut se poser la question pour chaque situation. »

Lola Fonta (stag.)

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